
Meriem B
À l’approche de l’Aïd El Fitr, Oran se métamorphose chaque soir. Les quartiers de la ville, habituellement calmes, s’animent dans une effervescence unique. Les ruelles, avenues et places publiques se remplissent de familles, attirées par les marchés et commerces ouverts tard dans la nuit, à la recherche des vêtements de fête, des douceurs traditionnelles et de tout ce qui contribue à faire de cette célébration un moment de joie.
Des quartiers tels que haï éEssakem, Akid Lotfi, Maraval et Choupôt, ainsi que le centre-ville, concentrent une partie importante de cette activité nocturne. Les artères principales deviennent un mélange sonore de conversations, de rires d’enfants et d’appels des commerçants, tandis que les vitrines illuminées ajoutent une ambiance festive à ces soirées ramadanesques. Les magasins restent ouverts jusque tard dans la nuit, transformant la ville en un théâtre de commerce et de convivialité propre à cette période sacrée.
Des familles qui privilégient le shopping nocturne
Pour de nombreux Oranais, le moment idéal pour faire ses achats reste la soirée, après la prière de Tarawih. « Nous préférons sortir en soirée avec nos enfants, explique Mme Amel, mère de trois enfants. La chaleur du jour et l’agitation du centre-ville sont moins pesantes la nuit. C’est aussi un moment agréable pour partager une sortie familiale », raconte-t-elle.
Les magasins spécialisés dans les vêtements pour enfants connaissent un afflux continu. Les parents veulent offrir à leurs enfants leur tenue de fête avant l’Aïd El Fitr, tandis que les pâtisseries traditionnelles enregistrent une forte demande. Les familles achètent gâteaux et friandises, perpétuant des traditions profondément ancrées dans la culture algérienne.
Le commerce nocturne, moteur de l’économie locale
La prolongation des horaires d’ouverture favorise cette frénésie commerciale. Les commerçants considèrent ces derniers jours du Ramadan comme le point culminant de l’activité de l’année. « Nos ventes ont doublé par rapport aux jours ordinaires, confie M. Karim, propriétaire d’une boutique pour enfants à Haï Essalam. Les parents viennent tôt ou tard dans la soirée, mais la demande est constante », précise-t-il.
Malgré la satisfaction des commerçants, cette dynamique pose des contraintes logistiques, notamment pour le transport. Les bus et taxis collectifs affichent rapidement complet, surtout entre 22 heures et minuit. Dans certains quartiers résidentiels moins bien desservis, les familles doivent attendre longtemps avant de trouver un moyen de rentrer chez elles, souvent avec de jeunes enfants.
Le prix élevé de la tenue de l’Aïd, un défi pour les familles
La joie des préparatifs se heurte toutefois à la réalité économique. Les prix des vêtements pour enfants ont atteint des niveaux record. Une tenue pour fille de cinq à dix ans peut coûter jusqu’à 15 000 dinars, et les chaussures oscillent entre 3 500 et 6 000 dinars. « Pour mes trois enfants, acheter des tenues complètes représente presque un mois de budget, confie M. Samir, père de famille. On ressent vraiment la pression financière », ajoute-t-il.
Les parents dénoncent aussi la qualité des produits proposés. Certaines pièces locales sont vendues à des prix élevés, sans que leur qualité justifie le coût, contrairement aux articles importés. Cette situation pousse de nombreuses familles à se tourner vers les marchés populaires, où les prix sont plus abordables, mais l’offre et la qualité plus limitées.
Les marchés populaires, alternative pour les budgets modestes
Dans les marchés populaires, il est possible de trouver des tenues entre 4 500 et 7 000 dinars. « Nous venons ici car les prix sont plus raisonnables, explique Mme Nadia, mère de deux enfants. Mais il faut chercher longtemps pour trouver ce qui convient », raconte-t-elle. Certains parents attendent les derniers jours avant l’Aïd, espérant profiter de promotions de dernière minute, mais risquent de se retrouver face à des ruptures de stock.
Appels à la régulation et solidarité en action
Face à cette situation, des voix s’élèvent pour demander un contrôle plus strict des prix et une surveillance des pratiques commerciales. Certains commerçants justifient les hausses par l’augmentation des coûts de production et de transport, notamment pour les tissus importés. Mais pour de nombreux consommateurs, il s’agit d’une opportunité pour certains de gonfler les prix en profitant de la demande saisonnière pour augmenter leurs marges de gains et faire exploser leurs chiffres d’affaires.
Pourtant, malgré ces défis, l’esprit de solidarité demeure très présent. Associations, bienfaiteurs et fonds de zakat se mobilisent pour offrir vêtements et aides financières aux familles défavorisées. « Nous avons distribué plus de 200 tenues cette année, témoigne M. Ahmed, membre d’une association locale et qui a souhaité garder l’anonymat. Voir les sourires des enfants quand ils reçoivent leurs vêtements est la plus belle récompense », confie-t-il.
En définitive, Oran vit, dans les derniers jours du Ramadan, un mélange unique d’animation commerciale, de défis économiques et de solidarité. Les rues illuminées, les marchés animés et l’effort des familles pour offrir le meilleur à leurs enfants témoignent d’un événement qui dépasse le simple commerce pour devenir une véritable célébration sociale et culturelle, reflet de l’identité et de la cohésion de la ville.



