
Wassila. B
Il y a des moments, rares, où la parole politique cesse d’être une posture pour devenir un acte. L’entrevue accordée samedi soir par le président Abdelmadjid Tebboune aux représentants des médias nationaux a été l’un de ces moments. Franc, direct, parfois tranchant, le chef de l’État a livré ce soir-là un exercice de vérité dont la classe politique algérienne, et au-delà, le citoyen ordinaire, avait besoin. Sur tous les sujets abordés, la même ligne de crête : l’Algérie d’abord, la souveraineté toujours. « Nous réglons les problèmes des citoyens sans hypothéquer l’indépendance de l’Algérie ni ses richesses, qui appartiennent exclusivement aux Algériens. » La formule est simple. Elle est aussi limpide qu’un engagement constitutionnel. Dans un monde où les nations en développement cèdent trop souvent aux pressions des créanciers ou des puissances étrangères, Tebboune a choisi de rappeler que l’Algérie ne brade ni son âme ni ses ressources. Ce n’est pas de la rhétorique, c’est une doctrine.
Sur le plan diplomatique, la visite du pape Léon XIV a fourni au président l’occasion de réaffirmer la profondeur historique d’une nation que certains ont longtemps voulu réduire à une création coloniale. En soulignant que le souverain pontife avait mis en évidence l’enracinement de l’Algérie jusqu’à saint Augustin et bien au-delà, Tebboune a utilisé la caution morale de Rome pour clore définitivement un débat toxique utilisé par l’extrême droite en France. L’Algérie n’a pas attendu le colonisateur pour exister. Elle lui a survécu. Et elle continuera d’exister, ancrée dans la Méditerranée, ouverte au monde, fidèle à elle-même.
Sur le Mali, les mots du président ont sonné juste, et humain. « Je parle avec le cœur parce qu’on aime le Mali. » Cette phrase, prononcée avec la gravité de celui qui connaît les fractures du Sahel, résume à elle seule la philosophie algérienne en matière de relations de voisinage : la force ne règle pas les problèmes, le dialogue seul est durable. L’Algérie n’a pas dit qu’elle avait raison, elle a dit qu’elle était là, prête, fraternelle.
Quant aux questions intérieures, le président n’a rien laissé. Ni la spéculation sur les moutons de l’Aïd, qu’il a condamnée sans détour, ni le scandale des 350 millions de dollars non rapatriés par une nouvelle « issaba » de la sous-facturation, qu’il a dénoncée avec une franchise qui tranche avec les euphémismes. Il a averti les fraudeurs, les spéculateurs, les acheteurs de voix : la loi s’appliquera à tous, sans exception. « Nul n’est au-dessus de la loi », une phrase révolutionnaire.
Sur les libertés enfin, le chef de l’État a rappelé le cadre sans le contourner : expression libre, oui, mais dans le respect des lois de la République et des composantes de l’identité nationale. Le président a eu l’élégance de dénoncer le double discours de certaines démocraties occidentales qui emprisonnent ceux qui soutiennent la cause palestinienne sur les réseaux sociaux, tout en se drapant dans les habits de la liberté.

