Alger et Washington partagent le même élan stratégique

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Wassila. B

Il y a des visites diplomatiques de routine, et il y a des visites qui marquent. Celle de Christopher Landau, secrétaire d’État adjoint des États-Unis, à Alger, accompagné du général Dagvin Anderson, commandant de l’AFRICOM, appartient sans conteste à la seconde catégorie. Le signal est clair, assumé, et porteur d’une ambition que les deux pays semblent désormais prêts à traduire en actes.

Ce qui frappe d’emblée, c’est le ton de la diplomatie américaine en Afrique. Landau a choisi les mots de la considération et du respect mutuel. En rappelant que les relations algéro-américaines remontent à 1795, au traité signé entre George Washington et le dey Hassan Pacha, il a inscrit cette visite dans le temps long de l’histoire, loin des calculs conjoncturels. Ce n’est pas anodin. C’est une façon de dire que l’Algérie n’est pas un partenaire de circonstance, mais un interlocuteur de fond.

L’Algérie, de son côté, n’est plus le pays qu’on approche avec des arrière-pensées. Forte d’une stabilité politique consolidée sous la présidence de Tebboune, d’une économie en mouvement et d’une diplomatie de plus en plus affirmée, elle se présente aujourd’hui comme un acteur incontournable dans une région sahélo-maghrébine sous haute tension. Washington le sait. Et cette visite en est la reconnaissance implicite.

Les domaines évoqués sont concrets et stratégiques. Sur le plan économique, le potentiel est immense : hydrocarbures, énergies renouvelables, industrie, technologies. L’Algérie dispose des ressources, de la main-d’œuvre et de la volonté politique. Les États-Unis disposent des capitaux, des technologies et des marchés. Il n’y a aucune raison structurelle pour que ce partenariat ne prospère pas, à condition que la volonté politique se traduise en accords tangibles dans les mois qui viennent.

Sur le plan sécuritaire, la convergence est tout aussi évidente. Face à la déstabilisation du Sahel, à la montée en puissance des groupes terroristes et à l’effritement de plusieurs États de la sous-région, l’Algérie représente un pilier de stabilité irremplaçable. Son expérience dans la lutte antiterroriste, sa connaissance du terrain et son réseau de relations régionales en font un partenaire que Washington ne peut pas se permettre d’ignorer. La présence du commandant de l’AFRICOM aux côtés de Landau n’est pas un détail protocolaire : c’est un message.

La mention du dossier du Sahara occidental est, elle, plus profonde. Que les deux parties aient abordé cette question ensemble témoigne d’une maturité dans le dialogue, même si les positions restent divergentes. L’essentiel est que ce désaccord ne soit pas un obstacle à la construction d’une relation plus large, fondée sur des intérêts partagés et une vision commune de la stabilité régionale.

Christopher Landau a exprimé l’espoir que les générations futures regardent ce moment comme un tournant. Ce vœu ne deviendra réalité qu’à une condition : que les deux capitales transforment la chaleur de cette rencontre en architecture durable. L’Algérie a tout à gagner d’un partenariat américain solide, débarrassé des tutelles et des ambiguïtés. Et Washington a tout intérêt à compter Alger parmi ses alliés fiables sur un continent en pleine recomposition. Le rendez-vous est pris. Il reste à l’honorer.