Wassila. B

L’Algérie s’engage résolument dans une nouvelle étape de sa stratégie industrielle avec la mise en place d’un cadre structurant pour la filière automobile. Le Premier ministre, Sifi Ghrieb, a récemment installé un groupe de travail chargé d’élaborer un référentiel national d’intégration. Ce document, qui fixera les règles du jeu pour le calcul des taux d’intégration et l’octroi des avantages préférentiels, ambitionne de bâtir un réseau national cohérent de sous-traitants spécialisés dans la fabrication de pièces et composants. L’objectif affiché est clair : réduire la facture des importations, créer des emplois durables et ancrer durablement l’automobile dans le paysage économique national.

Longtemps cantonnée à une image d’usines d’assemblage tournant au ralenti, l’industrie automobile algérienne aspire désormais à incarner un véritable levier de diversification. Car l’automobile, par nature, ne se résume pas à la simple mise en boîte de véhicules importés. Elle entraîne dans son sillage un écosystème complet : métallurgie, plasturgie, vitrage, faisceaux électriques, logistique, maintenance, ingénierie… Autant de métiers, autant de compétences à développer. L’instauration d’un référentiel national d’intégration vise précisément à offrir aux investisseurs la lisibilité qui leur a trop souvent fait défaut, afin de construire une base productive solide et pérenne.

Cette démarche a le mérite de recentrer le débat là où il aurait toujours dû se trouver : l’intégration. Pendant des années, les discours se sont égarés dans des querelles de volumes ou dans l’affichage de partenariats prestigieux avec des marques étrangères. On oubliait l’essentiel, à savoir la capacité d’un pays à produire lui-même une part significative de la valeur qu’il consomme. Aujourd’hui, le ton change. L’ambition est désormais de faire de la voiture un vecteur d’industrialisation, de transfert de technologie et de montée en compétences. Le référentiel en préparation a vocation à devenir la colonne vertébrale de cette nouvelle donne.

Un gisement de création d’emplois 

Le véritable potentiel de création de richesse et d’emplois se niche pourtant dans un maillon souvent négligé : la sous-traitance. De nombreux experts le répètent, les fournisseurs locaux ont tout intérêt à nouer des relations étroites avec les grands équipementiers internationaux, seuls détenteurs des standards, de l’expérience et des processus éprouvés qui font la fiabilité de l’industrie automobile. Une telle approche ne se limite pas à une simple relation commerciale. Elle accélère l’apprentissage industriel, sécurise la qualité et facilite l’intégration progressive des opérateurs nationaux dans des chaînes de valeur mondialisées.

Concrètement, cette orientation ouvre des perspectives dans des segments bien identifiés : amortisseurs, systèmes de freinage, jantes, vitrage, sellerie, câblage électrique ou encore optiques d’éclairage constituent des points d’entrée accessibles. Ils permettent de mettre un pied dans l’industrie sans avoir à bâtir du jour au lendemain des unités de production de très haute technologie. À condition toutefois de bénéficier d’un cadre stable, d’un accompagnement technique rigoureux et d’une visibilité suffisante sur la demande. C’est tout l’enjeu du travail engagé.

Reste que le chemin est semé d’obstacles. Le foncier industriel, la disponibilité de plateformes opérationnelles, l’accès au financement, les processus de certification internationale et la maîtrise technologique demeurent des chantiers ouverts. Mais ces difficultés, aussi réelles soient-elles, ne constituent pas une fatalité. Elles soulignent surtout que la réussite d’une politique d’intégration repose sur une approche globale, associant vision stratégique, accompagnement concret des investisseurs et amélioration continue de l’environnement des affaires.

Le fait que ces questions soient désormais traitées dans le cadre d’un groupe de travail interministériel témoigne d’une prise de conscience. On mesure mieux aujourd’hui que l’industrie automobile ne se décrète pas par des circulaires. Elle se construit patiemment, en articulant volonté politique, compétences techniques et réalités économiques.

En définitive, le chantier de l’intégration locale porte une ambition qui dépasse le seul secteur automobile. Il s’agit d’ancrer durablement dans le tissu productif national une industrie mécanique capable de réduire sa dépendance aux importations tout en consolidant ses savoir-faire. La mise en place du référentiel national d’intégration apparaît comme une étape structurante. Elle offre un cadre sérieux pour accompagner une nouvelle phase de développement du secteur, dans une logique plus mature, plus transparente et résolument tournée vers la construction d’un écosystème industriel durable. L’heure n’est plus aux expérimentations hasardeuses. L’Algérie, forte de ses ambitions et consciente de ses atouts, semble désormais prête à passer à la vitesse supérieure. Reste à transformer l’essai.