
Wassila. B
L’annonce d’un accord de principe mettant fin aux opérations militaires dans la région du Golfe et du Moyen-Orient est, à elle seule, une bouffée d’air dans un ciel saturé de poudre et de larmes. En saluant cette avancée et en appelant à la paix, le gouvernement algérien ne se livre pas à un simple exercice de diplomatie protocolaire. Il réaffirme une constante de sa politique étrangère : la conviction que rien ne saurait justifier l’embrasement durable d’une région déjà trop éprouvée. Cette trêve, aussi fragile soit-elle, est d’abord une victoire de la médiation sur l’escalade. Derrière les signatures, il y a des semaines, voire des mois de négociations discrètes, de pressions étouffées et de compromis arrachés à la raison des uns et des autres. L’Algérie, qui connaît bien le prix du dialogue pour avoir guéri ses propres blessures, salue ici le courage des médiateurs internationaux. Leur persévérance rappelle une vérité trop souvent oubliée : dans les conflits enkystés, la voie de la table ronde finit toujours par s’imposer, même quand les armes semblent avoir le dernier mot.
Mais il ne faut pas s’y tromper : un accord de principe n’est qu’une promesse. Son véritable poids se mesurera à l’aune de sa mise en œuvre. Le gouvernement algérien a donc raison d’appeler à un « engagement positif et de bonne foi ». La trêve n’est pas une fin en soi ; elle est une fenêtre. Une fenêtre pour reconstruire la confiance, désamorcer les rancœurs et, surtout, empêcher que les prochains différends, car il y en aura, ne replongent la région dans le cycle infernal des représailles.
Il faut saluer, dans ce communiqué, une vigilance particulière : l’évocation du Liban. Ce pays frère, otage chronique des turbulences régionales, ne saurait être traité comme un simple domino sur un échiquier géopolitique. L’Algérie rappelle avec force que la sécurité et la stabilité du Liban sont des exigences non négociables. Négliger ce volet, ce serait bâtir une paix régionale sur une jambe bancale.
L’histoire récente du Moyen-Orient nous enseigne une leçon amère : les cessez-le-feu sans vision durable se transforment souvent en simples pauses avant la prochaine tempête. L’appel algérien à des « solutions durables » est donc le cœur battant de cet éditorial. Car la vraie paix ne se décrète pas au bout d’un fusil, ni même d’un stylo. Elle se construit patiemment, par la reconnaissance réciproque des légitimités, la justice dans le partage des ressources et l’abandon du réflexe de puissance au profit de l’intérêt commun.
Aujourd’hui, les peuples de la région aspirent à autre chose qu’à des trêves provisoires. Ils aspirent à des lendemains où l’on ne comptera plus les enfants par peur du lendemain. L’Algérie, par cette déclaration mesurée mais ferme, leur dit qu’elle est à leurs côtés. La balle est désormais dans le camp des parties signataires. La raison a ouvert une porte. Qu’ils aient l’audace de la franchir.


