
Samedi dernier, un vent de renouveau a soufflé sur les ports et aéroports de treize wilayas algériennes. De Tizi-Ouzou à El-Meghaïer, le lancement simultané de 35 cargaisons de produits locaux vers dix-neuf destinations mondiales ne constitue pas seulement une opération logistique d’envergure ; c’est le signal fort d’une Algérie qui a décidé de briser les chaînes de la rente pétrolière pour s’imposer sur l’échiquier du commerce mondial.
Pendant des décennies, l’économie nationale a vécu au rythme des fluctuations du baril. Aujourd’hui, l’image de ces camions et conteneurs chargés de tomates, de céramique, d’électroménager et de pièces détachées dessine les contours d’une souveraineté économique retrouvée. En ciblant des marchés aussi divers que le Canada, l’Espagne, la Libye ou encore des nations d’Asie et des Caraïbes, le label « Made in Algeria » entame une mue décisive. Ce n’est plus une simple étiquette de circonstance, mais le symbole d’une production qui gagne en maturité et en compétitivité.
Le déploiement géographique de cette opération est exemplaire. Le fait que le coup d’envoi ait été donné depuis Tizi-Ouzou, alors que des tomates d’El-Meghaïer prenaient la route de l’Espagne via le port d’Oran, illustre une dynamique territoriale intégrée. Chaque wilaya devient un pôle de croissance. À El-Meghaïer, le groupe « Champs du Sud » démontre que le désert algérien est une terre de promesses, capable de générer des centaines d’emplois pour la jeunesse tout en répondant aux standards phytosanitaires européens les plus exigeants. À Tizi-Ouzou, l’exportation de faïencerie et de pièces mécaniques prouve que l’industrie manufacturière algérienne est désormais prête à affronter la concurrence internationale.
L’objectif affiché par le ministre Kamel Rezig de faire de 2026 « l’année de l’exportation par excellence » s’inscrit dans la vision stratégique du président Abdelmadjid Tebboune. Cette ambition repose sur un triptyque essentiel : la diversification, la qualité et l’accompagnement. Car pour conquérir de nouveaux marchés, notamment en Amérique du Nord ou en Europe, la volonté politique seule ne suffit pas. Il faut de la rigueur. Le passage de 35 cargaisons en une seule journée est la preuve que les agriculteurs, les industriels et les pouvoirs publics ont enfin synchronisé leurs efforts pour répondre aux normes internationales.
Mais au-delà des chiffres et des volumes, c’est une révolution mentale qui s’opère. L’exportation devient une « tradition » et une saine compétition s’installe entre les opérateurs des différentes wilayas. L’État, en facilitant les procédures et en encourageant l’accès aux marchés extérieurs, joue son rôle de catalyseur. Le défi est désormais de maintenir cette cadence, de pérenniser ces flux et de transformer ces coups d’éclat en une routine commerciale solide.
Le chemin vers une économie totalement affranchie des hydrocarbures est encore long, mais le cap est fixé. En voyant les produits de nos terroirs et de nos usines s’envoler vers les cinq continents, c’est toute la nation qui reprend confiance en son génie créateur. L’Algérie ne se contente plus de consommer le monde ; elle commence, avec fierté et exigence, à l’approvisionner.



