
Wassila. B
Il y a des tournants diplomatiques qui sentent moins la stratégie d’État que le marché de dupes. Celui qu’a choisi la junte malienne, en retirant sa reconnaissance à la République arabe sahraouie démocratique (RASD), appartient à cette triste catégorie. Sous les ors de la déclaration conjointe entre Abdoulaye Diop et Nasser Bourita, c’est un aveu de faiblesse que Bamako vient de signer.
Les putschistes, englués dans une crise sécuritaire dévastatrice, asphyxiés économiquement et isolés diplomatiquement, ont cru trouver une bouée : Rabat. En échange de quelques bourses d’études et d’une exemption de visa, le Mali offre son allégeance sur le Sahara occidental, reprenant mot pour mot la rhétorique marocaine sur « l’autonomie sous souveraineté marocaine ». C’est un cadeau empoisonné que la junte offre à son hôte, et un reniement qui ne trompe personne.
Car que cherche vraiment le Maroc dans ce jeu ? Pas la stabilité du Sahel, ni la lutte sincère contre le terrorisme. L’objectif est plus cynique : exporter sa politique de la tension permanente, multiplier les foyers d’incendie aux frontières de l’Algérie, et s’acheter une légitimité fantoche là où les résolutions de l’Union africaine sont bafouées. Rabat ne s’encombre pas du respect des engagements internationaux. Pourquoi le ferait-il, quand un partenaire désespéré lui offre tout gratuitement ?
Le pari de Bamako est une fuite en avant. En se coupant davantage d’Alger, la junte ignore une réalité géographique et économique implacable : pour la lutte antiterroriste, pour la gestion des flux migratoires, pour l’aide humanitaire aux déplacés, l’Algérie est incontournable. Le Maroc, lui, ne peut offrir qu’une « Initiative atlantique » utopique, passant par un territoire occupé, et une visibilité de façade.
Heureusement, tous les voisins ne sont pas aveuglés. Le Niger, pourtant membre de l’Alliance des États du Sahel, a compris que la provocation permanente mène à une impasse. Il a choisi de renouer avec le pragmatisme et d’impulser une relation apaisée avec Alger. C’est cette voie que la junte malienne refuse obstinément, préférant la bravade à la raison d’État.
Mais le Sahel ne se joue pas à coups d’allégeances opportunistes. L’interdépendance entre ces pays est une réalité que nul décret militaire ne saurait abolir. Tôt ou tard, la stabilité régionale imposera le retour au dialogue et à la coopération sincère. En attendant, le Mali vient de brader une position diplomatique pour un mirage. Et c’est tout le voisinage qui paiera le prix de cette nouvelle provocation.
Pourtant, qu’il s’agisse de lutte contre le terrorisme, de développement économique, de gestion des flux transfrontaliers ou de politique d’assistance humanitaire aux populations déplacées, l’Algérie est incontournable pour le Mali, alors que le seul objectif du Maroc est de multiplier les foyers de tensions aux frontières algériennes. Ces intérêts mutuels confinent à la nécessité de reconstruction d’une relation apaisée. Pragmatique, le Niger, qui fait partie de l’AES, l’a compris, comme en atteste l’impulsion de sa relation avec l’Algérie. Autant dire qu’à terme, la stabilité régionale pourrait bien imposer un retour au pragmatisme, loin des logiques de rupture, dans un Sahel où l’interdépendance reste une réalité incontournable.



