Meriem B
Dès le seuil franchi, l’atmosphère donne le ton. Dans le hall de la polyclinique d’El Hamri, les allées et venues s’enchaînent, discrètes mais constantes. Il est à peine neuf heures du matin, et déjà, des patients attendent leur tour, certains pour une consultation, d’autres pour des soins plus urgents. À l’accueil, une infirmière, sourire aux lèvres, interrompt brièvement son activité pour orienter une nouvelle arrivante. Le geste est spontané, presque naturel. Ici, l’attention portée au patient semble relever d’un réflexe partagé.
Cette première impression n’est pas anodine. Elle traduit, en filigrane, l’esprit qui anime cette structure de santé de proximité, rattachée à l’EPSP El Ghoualem, et dont le parcours épouse les transformations profondes du système de soins local. Car derrière cette organisation fluide se cache une histoire ancienne, faite d’adaptations successives, d’engagement humain et d’une montée en puissance progressive jusqu’à devenir une polyclinique assurant un service H24.
Une mémoire ancrée dans le quartier
Avant d’être cette structure active jour et nuit, la polyclinique d’El Hamri — autrefois Lamur, ancienne appellation du quartier — était une modeste salle de soins. Ses origines remontent à la fin du XIXe siècle, aux alentours de 1887. Le lieu servait alors de maison de la Croix-Rouge, avant d’être confié aux Sœurs Blanches durant la période coloniale.
Pendant des décennies, ces religieuses ont assuré une mission sanitaire essentielle, notamment auprès des enfants. Vaccinations, soins de base, suivi des familles : la vocation sociale du site s’est construite au fil de ces engagements. Certaines archives, encore conservées au niveau de la PMI, témoignent de cette époque où la structure constituait déjà un repère pour les habitants du quartier.
Après l’indépendance, l’activité s’est poursuivie, dans un cadre toujours marqué par la proximité avec la population. Mais c’est en avril 2008 qu’un tournant décisif s’opère : la transformation officielle du dispensaire en polyclinique assurant une prise en charge continue, 24 heures sur 24.
Depuis, l’établissement n’a cessé d’évoluer, s’adaptant aux besoins croissants d’une population en quête de soins accessibles et disponibles à toute heure.
Une organisation en mouvement permanent
À l’intérieur, la dynamique est palpable. Les consultations générales s’enchaînent, les urgences sont prises en charge sans interruption, et les différents services fonctionnent en coordination. Le laboratoire, désormais opérationnel quotidiennement, traite les analyses avec régularité. Le service dentaire accueille les patients pour des soins et des extractions. Les équipes médicales et paramédicales assurent une couverture complète, de jour comme de nuit.
« La structure fonctionne en continu, et chaque service joue un rôle complémentaire », explique la médecin coordonnatrice, Dr Hadja Hamza. Membre du conseil médical, elle évoque un travail collectif où chaque corps de métier — médecins généralistes, spécialistes, sages-femmes, infirmiers, personnel paramédical — contribue à la fluidité de la prise en charge.
Au fil des années, la polyclinique s’est progressivement dotée d’équipements adaptés et de réactifs nécessaires à son activité. Les formations continues ont également été renforcées, permettant au personnel de maintenir ses compétences à niveau. « La majorité des besoins exprimés a été satisfaite », précise-t-elle, insistant sur une mise en conformité quasi totale avec les exigences actuelles.
Dans les couloirs, cette organisation se traduit par une impression de maîtrise. Chacun semble savoir exactement ce qu’il a à faire, dans un environnement où l’urgence ne laisse que peu de place à l’improvisation.
Une fréquentation en nette progression
Les chiffres confirment cette montée en puissance. En 2024, la polyclinique a enregistré 19 658 consultations générales. Un an plus tard, en 2025, ce nombre atteint 30 290. Une progression significative, qui témoigne d’un recours accru aux services de l’établissement.
Les tendances observées au premier trimestre 2026 s’inscrivent dans cette continuité, avec une activité toujours soutenue. « Le nombre de patients a pratiquement triplé en quelques années », souligne-t-on au sein de la structure.
Cette évolution s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, l’élargissement de l’offre de soins, avec des services disponibles quotidiennement. Ensuite, la continuité du service H24, qui garantit une prise en charge à tout moment. Enfin, un élément plus intangible mais déterminant : la confiance.
« Les patients reviennent, et ils orientent d’autres personnes », observe, un membre du personnel. Une fidélité qui s’installe progressivement, à mesure que la polyclinique s’impose comme une référence de proximité.
Une accessibilité assumée
Dans un contexte où le coût des soins peut constituer un frein, la polyclinique d’El Hamri mise sur l’accessibilité. Les prestations sont proposées à des tarifs symboliques, tout en reposant sur des équipements et des réactifs comparables à ceux utilisés dans le secteur privé.
« Le patient de la classe moyenne peut accéder ici à des soins de qualité, sans supporter des coûts élevés », explique Fodil Tayeb, coordinateur des activités paramédicales. Selon lui, cette politique a largement contribué à l’augmentation de la fréquentation.
L’établissement bénéficie également d’un approvisionnement régulier en produits pharmaceutiques, assurant la disponibilité des traitements nécessaires. Que ce soit au niveau de la pharmacie interne ou via les circuits centraux, les médicaments et dispositifs médicaux sont globalement accessibles, permettant d’éviter les ruptures dans la prise en charge.
Une fierté professionnelle partagée
Contrairement à certaines perceptions souvent associées aux structures de santé à forte affluence, le climat qui règne au sein de la polyclinique est marqué par une forme de satisfaction professionnelle. Le personnel ne donne pas le sentiment de subir la charge de travail. Au contraire, il revendique une certaine fierté à assurer ce service continu.
« C’est une responsabilité importante, mais aussi une mission valorisante », confie un agent. Le fait d’accueillir un nombre croissant de patients est perçu non comme une contrainte, mais comme la preuve de l’utilité de la structure.
Cette posture se ressent dans les interactions quotidiennes. L’accueil, l’orientation, la disponibilité : autant de gestes qui participent à l’image d’un établissement ancré dans le service public, où la relation humaine conserve toute sa place.
Un bâtiment chargé d’histoire, en attente d’avenir
Si l’organisation interne et les moyens mobilisés témoignent d’une évolution positive, un défi demeure : celui du bâti. La polyclinique occupe toujours une structure ancienne, dont la vétusté est aujourd’hui reconnue par les responsables eux-mêmes.
Des démarches ont été engagées auprès des autorités compétentes. Des expertises ont été réalisées, et des rapports transmis afin d’évaluer les possibilités d’intervention. Réhabilitation ou reconstruction : plusieurs options sont à l’étude.
« C’est un point essentiel que nous avons soulevé », indique-t-on, précisant que la question est désormais entre les mains des instances concernées. En attendant, l’activité se poursuit dans ces locaux chargés d’histoire, où chaque mur semble porter la trace des différentes époques traversées.
Entre mémoire et projection
La polyclinique d’El Hamri incarne aujourd’hui une forme de continuité. Celle d’un lieu qui, depuis plus d’un siècle, n’a jamais cessé de remplir une mission de soins au service de la population. Mais elle incarne aussi une transformation : celle d’un simple dispensaire devenu une structure H24, capable de répondre à des besoins complexes et en constante évolution.
Dans ce va-et-vient permanent de patients, dans ces gestes répétés avec précision, dans ces échanges souvent brefs mais essentiels, se dessine le quotidien d’un service public discret mais indispensable.
À El Hamri, l’ancienne Lamur, la polyclinique poursuit sa trajectoire, entre héritage et modernité. Et derrière chaque consultation, chaque soin, chaque orientation, se lit la même volonté : assurer, sans interruption, une présence au plus près des citoyens.




