
Wassila. B
Longtemps relégué au second plan dans une économie nationale largement dominée par les hydrocarbures, le phosphate revient aujourd’hui sur le devant de la scène. Avec une détermination qui ne souffre aucun flou, le Président Abdelmadjid Tebboune a fait de cette ressource minérale un axe prioritaire de la nouvelle stratégie de diversification économique. Les récentes orientations données lors du Conseil des ministres ne se limitent pas à une simple feuille de route technique. Elles dessinent une véritable bascule industrielle.
Pendant des décennies, l’Algérie a vécu sous la dépendance presque exclusive du pétrole et du gaz. Cette rente, certes confortable par périodes, a longtemps masqué l’urgence de valoriser les autres richesses du sous-sol national. Or, le bassin phosphatier de Bled El Hadba, dans la wilaya de Tébessa, constitue l’un des gisements les plus prometteurs au monde. Pourtant, son potentiel est resté largement sous-exploité. Le changement de paradigme est désormais acté : les mines ne seront plus un secteur périphérique mais un pilier central du modèle productif national.
L’objectif assigné par le chef de l’État est sans ambiguïté. L’exportation du phosphate doit intervenir à l’horizon mars 2027. Ce calendrier précis, rare dans l’administration des grands projets, traduit une volonté politique ferme. Mais au-delà de l’échéance, c’est toute la chaîne de valeur qui est repensée. Il ne s’agit plus d’exporter une matière brute, mais de construire un écosystème intégré : extraction, traitement, stockage, transport ferroviaire, et acheminement portuaire. Dans cette perspective, l’achèvement du quai minéralier du port d’Annaba apparaît comme une pièce maîtresse pour la compétitivité du projet.
L’instruction présidentielle de lancer immédiatement les unités de traitement de Bled El Hadba, parallèlement à l’exploitation minière, est à cet égard hautement significative. Elle rompt avec la logique ancienne de l’extraction brute. Désormais, la priorité est à la transformation locale et à la création de valeur ajoutée. En clair, il s’agit de produire sur le territoire national des engrais, des dérivés chimiques, et d’alimenter en retour le secteur agricole. C’est tout un cercle vertueux qui se dessine : mines, industrie chimique, agriculture, exportations non énergétiques.
Ce projet dépasse donc le seul enjeu minier. Il incarne un test grandeur nature pour la politique de diversification. Si l’Algérie parvient à faire de Bled El Hadba un succès industriel et logistique, elle prouvera sa capacité à transformer ses ressources structurelles en leviers de développement durable. À l’inverse, tout retard ou tout repli vers l’exportation brute enverrait un signal contraire. Le Président Tebboune le sait bien. En remettant le phosphate au centre de l’agenda économique, il ne parie pas sur une simple matière première. Il parie sur une nouvelle culture industrielle, patiente, intégrée et résolument tournée vers l’avenir.


