Djamila M
Des spécialistes réunis à l’université d’Oran 2 Mohamed Ben Ahmed, au sein de la faculté des sciences sociales, ont dressé un état des lieux de l’industrie hôtelière en Algérie, à l’occasion d’un colloque national consacré aux défis que rencontre ce secteur stratégique dans un contexte de profondes mutations touristiques.
Les intervenants ont unanimement souligné que le développement de l’hôtellerie en Algérie suppose une vision globale reposant sur plusieurs axes structurants, notamment la modernisation des infrastructures, le renforcement de la formation, l’adoption de stratégies marketing innovantes et l’investissement dans les technologies numériques.
Ils ont également insisté sur la nécessité de mieux articuler tourisme et dimension culturelle et scientifique, à travers la valorisation du patrimoine national et son intégration dans l’expérience touristique, afin de construire une offre plus attractive et compétitive.
Une visibilité encore limitée sur les plateformes internationales
Les travaux de cette rencontre ont mis en lumière les insuffisances qui freinent encore la performance du secteur hôtelier, en particulier sur le plan du marketing. Plusieurs participants ont relevé la faiblesse des stratégies de promotion au sein de nombreuses structures, notamment en matière de marketing digital et de présence sur les plateformes internationales de réservation.
Cette visibilité réduite sur les sites de réservation en ligne constitue, selon eux, un handicap majeur pour attirer la clientèle étrangère et améliorer l’image de l’Algérie en tant que destination touristique.
Les intervenants ont ainsi relevé que la présence des hôtels algériens sur ces plateformes reste limitée, révélant des difficultés d’adaptation aux évolutions rapides du tourisme mondial et à la transformation numérique du secteur.
Moderniser la communication et intégrer le patrimoine
Les débats ont également porté sur la nécessité de renforcer la communication marketing au sein des établissements hôteliers, en modernisant les outils de relation client et en adoptant des approches adaptées aux exigences du tourisme à l’ère numérique.
Dans le même esprit, les spécialistes ont insisté sur l’importance de valoriser le patrimoine culturel dans l’offre touristique, en intégrant les éléments de l’identité locale dans les services hôteliers, que ce soit à travers l’architecture intérieure, les activités culturelles ou la gastronomie traditionnelle.
Ils ont aussi plaidé pour le développement du rôle de médiateur culturel au sein des hôtels, afin de favoriser une meilleure immersion du touriste dans son environnement local et de proposer une expérience plus riche et plus cohérente.
L’intelligence artificielle au cœur des stratégies de demain
Les participants ont appelé à une adaptation des stratégies de marketing digital aux spécificités locales, tout en tenant compte de la fracture numérique et des disparités dans l’usage des technologies modernes, notamment l’intelligence artificielle, entre touristes locaux et internationaux.
Ils ont insisté sur le fait que l’intelligence artificielle et les outils numériques avancés constituent désormais des leviers essentiels pour renforcer la compétitivité du secteur hôtelier et améliorer sa visibilité à l’échelle internationale.
Oran appelée à une reconfiguration touristique globale
Dans ce contexte, la professeure Jemila Amel, présidente du comité scientifique du colloque, a estimé que la ville d’Oran, malgré ses atouts touristiques importants, nécessite une réhabilitation globale pour retrouver son rayonnement en tant que destination de premier plan.
Elle a précisé que les enjeux dépassent la simple modernisation des infrastructures hôtelières et touchent à une véritable refonte de la planification urbaine et touristique, en phase avec les standards contemporains.
Selon elle, Oran doit aujourd’hui s’inscrire dans une dynamique de transformation fondée sur l’adoption de nouveaux outils de communication et de marketing touristique, notamment ceux liés aux technologies numériques et à l’intelligence artificielle, déjà largement exploités par plusieurs destinations concurrentes.
Elle a également souligné que le principal défi réside dans la capacité d’adaptation aux mutations du comportement du touriste moderne, de plus en plus dépendant des plateformes numériques pour choisir sa destination et réserver son séjour.
La recherche scientifique comme levier touristique
De son côté, la professeure Raïs Ali Ibtissem a plaidé pour l’intégration du tourisme scientifique dans les programmes éducatifs, estimant qu’il constitue un outil efficace pour renforcer l’identité nationale et le sentiment d’appartenance, en particulier chez les jeunes.
Elle a expliqué que cette forme de tourisme repose sur le lien entre apprentissage théorique et expérience de terrain, à travers des sorties pédagogiques permettant aux apprenants de découvrir les richesses naturelles et culturelles du pays.
Selon elle, le tourisme scientifique ne se limite pas à une dimension récréative, mais revêt une portée éducative importante, favorisant une meilleure compréhension des contenus enseignés et un ancrage plus profond dans l’environnement local.
Elle a appelé à institutionnaliser cette pratique dans les cursus scolaires et universitaires, tout en mettant en place les infrastructures nécessaires et en encourageant la production de contenus spécialisés valorisant le potentiel touristique national.
Vers une transformation des usages touristiques en Algérie
Enfin, le professeur Ferhat Mehdi s’est penché sur l’évolution du comportement du touriste algérien, notamment en matière de paiement électronique. Il a relevé que les expériences à l’étranger ont contribué à familiariser les voyageurs avec les cartes bancaires et les solutions numériques.
Il a également noté une progression notable en Algérie dans les services bancaires et le commerce électronique, une évolution qui commence à se refléter dans le secteur hôtelier.
De plus en plus d’établissements adoptent désormais des moyens de paiement numériques pour répondre aux attentes des clients, en particulier les jeunes générations.
Pour lui, la généralisation du paiement électronique constitue une étape essentielle dans la modernisation du secteur, en facilitant les réservations, en améliorant la qualité des services et en renforçant la confiance des clients dans les structures hôtelières algériennes. Il estime enfin que cette transition devrait s’accélérer dans les années à venir avec l’extension continue des usages numériques dans la société.




