
Wassila. B
Il y a des projets qui forcent l’admiration, même chez les plus sceptiques. Celui que le groupe laitier qatari Baladna est en train de concrétiser dans les étendues arides d’Adrar appartient sans conteste à cette catégorie. 270 000 vaches au cœur du Sahara algérien, un investissement cumulé qui dépasse désormais le milliard de dollars, et un pont aérien de dix mois entre les États-Unis et l’Algérie pour convoyer 30 000 bovins sélectionnés selon les plus hautes normes sanitaires et génétiques : nous ne sommes pas dans la science-fiction, mais bien dans le réel, un réel aussi vertigineux qu’interpellant.
La signature jeudi à Alger d’un deuxième lot de contrats, pour un montant de 635 millions de dollars, marque une étape décisive. Elle confirme que Baladna ne s’est pas contentée d’un effet d’annonce lors du lancement de la première phase en 2025. Le groupe avance, contractualise, structure. Les 109 vols prévus (à raison de 300 têtes de bétail par appareil en provenance de neuf États américains) témoignent d’une logistique d’une complexité rare, délibérément choisie pour préserver la santé des animaux, le transport maritime ayant été écarté au profit de l’aérien. Ce souci du détail n’est pas anodin : il révèle une ambition de qualité, pas seulement de quantité.
Dans une allocution à cette occasion, M. El-Mahdi Oualid a souligné l’importance de ce projet ambitieux, l’un des plus grands projets de production du lait en poudre sur le continent africain, indiquant qu’il ouvrira « de larges perspectives et encouragera fortement l’investissement dans les wilayas du Sud », d’autant plus qu’il constitue un modèle unique au monde de transformation de terres désertiques en fermes et unités de production agricole. De son côté, l’ambassadeur de l’Etat du Qatar a précisé que la réalisation du projet se fera dans les délais convenus et selon des « étapes étudiées », soulignant que le projet incarne « la vision éclairée des dirigeants des deux pays ».
Pour sa part, le président du Conseil d’administration de « Baladna Algérie », Ali Al-Ali, a indiqué que le projet enregistre « un progrès tangible » dans sa réalisation, grâce à l’exécution du premier lot de contrats signés en juillet 2025.
L’enjeu est bien là : l’Algérie importe massivement de la poudre de lait et cherche depuis des années à réduire une facture laitière qui grève ses réserves de change. Baladna, fort de son expérience qatarie (le Qatar ayant réussi son pari d’autosuffisance laitière malgré le blocus de 2017) apporte un modèle dans des conditions climatiques extrêmes. Le transfert de savoir-faire vers les partenaires algériens associés au projet constitue un défi.
Au bout du compte, Baladna en Algérie est une ambition grandeur nature : celle de la capacité d’un pays à transformer une rente pétrolière en infrastructure agricole pérenne, et celui d’un investisseur étranger à tenir ses engagements sur le long terme.


