Le choix de la souveraineté économique

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Wassila. B

Depuis plusieurs années, l’Algérie s’engage résolument sur la voie de la transformation structurelle de son économie. Les dernières mesures annoncées cette semaine confirment que cette dynamique n’est plus un simple vœu, mais une stratégie assumée, cohérente et de plus en plus rigoureuse. En imposant la domiciliation bancaire préalable pour toute opération d’importation de marchandises, la Banque d’Algérie envoie un signal clair : le temps de la régulation laxiste est révolu.

Désormais, plus aucune facture ne pourra être réglée sans un contrôle préalable. Cette décision, salutaire, vise à encadrer les flux financiers internationaux, à lutter contre les pratiques frauduleuses et, surtout, à endiguer la hausse préoccupante de la facture d’importation. Rappelons qu’au premier semestre 2025, celle-ci a bondi de 28 % pour atteindre 30 milliards de dollars, contre 49 milliards sur l’ensemble de 2024. Ces chiffres interpellent. Ils rappellent l’urgence d’une action ferme face à une dépendance extérieure qui fragilise notre balance des paiements et menace nos réserves de change.

Mais le gouvernement ne se contente pas de mesures administratives, aussi nécessaires soient-elles. En parallèle, le ministre du Commerce extérieur, Kamel Rezig, et le directeur de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI), Omar Rekkache, ont engagé une réflexion approfondie pour orienter les investissements vers les secteurs où l’importation explose. L’objectif est double : substituer localement à ce que nous achetons cher à l’étranger, et créer une valeur ajoutée nationale.

Cette approche couplée (restriction à l’importation, incitation à la production locale) est la seule viable. Elle répond à un triple objectif : réduire la facture importée, préserver nos devises, et développer un tissu industriel compétitif. Encore faut-il que les investissements ciblent des secteurs prioritaires ( agroalimentaire, pharmaceutique, métallurgie, électronique) avec des taux d’intégration locale élevés.

Pour le gouvernement, la prudence reste toutefois de mise. Le renforcement des contrôles ne doit pas provoquer de pénuries ni asphyxier les opérateurs économiques honnêtes. L’accompagnement, la transparence et l’efficacité administrative seront les clés du succès.

Mais sur le fond, l’Algérie a raison. Réduire les importations n’est pas un repli sur soi. C’est un acte de souveraineté. C’est choisir de produire ce que l’on consomme, d’investir là où est l’avenir, et de ne plus subir une dépendance étrangère devenue intenable. Le chemin est long, mais la direction est la bonne. Soutenons cette dynamique. Pourtant, cette ambition ne pourra aboutir sans une mobilisation nationale sans précédent. L’État ouvre la voie, mais ce sont les entreprises algériennes, les start-up, les agriculteurs, les industriels, ainsi que les consommateurs eux-mêmes, qui doivent désormais prendre le relais. Chaque dinar économisé à l’importation et réinjecté dans la production locale est un dinar de dignité retrouvée. La domiciliation bancaire préalable n’est pas une sanction, mais un outil de régulation intelligente.