Filière dattes : Un plan pour soutenir les exportations

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Wassila. B

Il fut un temps où la datte, fruit béni des oasis, ne quittait guère les corridors du Sahara. Aujourd’hui, elle incarne une ambition nationale : celle de diversifier l’économie hors des sentiers trop battus des hydrocarbures. En réunissant lundi les professionnels de la filière, le ministre de l’Agriculture, M. Yacine El-Mahdi Oualid, a posé un diagnostic lucide et une promesse claire. Avec 19 millions de palmiers et des centaines de variétés, l’Algérie ne peut plus se contenter d’être un grenier dormant. Elle doit devenir une vitrine.

L’édifice est solide, mais les fondations tremblent. Les professionnels l’ont rappelé : entre le fléau du « Bayoud », la menace du « Boufaroua », les blocages des analyses de laboratoire, les certificats qui s’éternisent et un conditionnement parfois inadapté, la route vers l’exportation est semée d’obstacles administratifs et techniques. À cela s’ajoutent les défis logistiques – stockage, réfrigération, transport, qui étranglent trop souvent les coopératives les plus prometteuses. Le mérite du ministre est d’avoir écouté sans détour. Les mesures annoncées témoignent d’une bascule stratégique. Fini le temps des incantations : l’État mobilise les moyens phytosanitaires, étudie la production locale de mécanismes agricoles et promet un laboratoire dédié à la labellisation, en partenariat avec l’INRAA. C’est là une avancée décisive. Car exporter ses dattes sans certification fiable, c’est naviguer à vue. La création de ce sésame scientifique permettra enfin aux dattes algériennes de revendiquer leur place sur les étagères exigeantes du marché international.

Mais une filière ne se décrète pas uniquement par le haut. Elle se construit aussi par la confiance restaurée sur le terrain. En facilitant l’accès au crédit « Tabrid » pour les agriculteurs sans titre de propriété, en électricifiant les palmeraies isolées et en généralisant l’énergie solaire au cœur des oasis, l’État envoie un signal fort : plus personne ne sera laissé au bord de la route de la modernisation. C’est cette justice territoriale qui transforme un plan technique en véritable projet de société. Les petits producteurs, souvent exclus des circuits bancaires classiques, pourront enfin investir, replanter et récolter sans craindre l’incendie ou la panne sèche.

Le ministre a raison de miser sur l’organisation des producteurs en coopératives. Seul un agriculteur regroupé pèse face aux donneurs d’ordre. Seule une filière structurée peut négocier les prix, normaliser la qualité et arracher des parts de marché. L’accompagnement aux salons internationaux, les facilités bancaires via le crédit Tabrid, la mise à disposition de conteneurs grande capacité : tout cela dessine un écosystème où l’exportateur cesse d’être un aventurier solitaire pour devenir un maillon d’une chaîne nationale. Reste un point fondamental : l’oasis elle-même. Raccorder les palmeraies à l’électricité agricole, ouvrir des pistes, forer des puits, déployer l’énergie solaire… Ce plan ne sacrifie pas l’amont à l’aval. Il comprend que sans oasis protégées des incendies et désenclavées, il n’y a pas d’exportation durable. C’est cette vision intégrée qui change la donne.