Djamila M

Le musée du Moudjahid de la wilaya d’Oran a marqué, mercredi, la Journée du savoir correspondant au 16 avril de chaque année, à travers une manifestation scientifique et culturelle d’envergure, organisée en coordination avec la faculté des sciences humaines, le département d’histoire et d’archéologie de l’université d’Oran, la direction des moudjahidine et ayants droit, ainsi que le club Sanaa El Tamayouz Yahia Bouaziz.

Cette commémoration a été ponctuée par la tenue de la quatrième édition du colloque national intitulé « Figures et activités de l’Association des Oulémas musulmans algériens dans l’Ouest algérien ».

Un cadre académique pour raviver la mémoire réformiste

L’événement a offert un espace scientifique de réflexion consacré à l’action de l’Association des Oulémas musulmans algériens dans la diffusion du savoir, la lutte contre l’ignorance et la consolidation des fondements intellectuels et culturels ayant précédé le déclenchement de la Révolution de libération.

En marge des travaux du colloque, une exposition riche et diversifiée a été organisée, regroupant ouvrages, photographies et documents historiques retraçant le parcours de l’association. Des projections de films documentaires, des témoignages ainsi que des récitations poétiques sont venus enrichir cette rencontre, en rappelant les grandes figures du mouvement réformiste en Algérie.

Dans ce contexte, le directeur du musée du Moudjahid de la wilaya d’Oran, Seddiki Mokhtar, a indiqué que cette édition se distingue par la présentation d’environ 18 ouvrages consacrés à l’Association des Oulémas musulmans algériens. Il a souligné que la célébration de la Journée du savoir à travers un colloque national traduit un intérêt croissant pour la préservation et la transmission de la mémoire nationale aux jeunes générations.

Au-delà de son aspect commémoratif, cette manifestation a ainsi permis de revisiter une séquence majeure de l’histoire nationale, marquée par l’engagement intellectuel et militant, tout en rappelant la contribution déterminante de l’Association des Oulémas musulmans algériens dans la construction de la conscience nationale.

L’approche locale de l’histoire réformiste mise en avant

Dans son intervention, le professeur Belhadj Mohamed de l’université d’Oran 1 a abordé le mouvement réformiste dans l’Ouest algérien sous l’angle d’une lecture locale de l’histoire, insistant sur la nécessité de dépasser les approches générales au profit d’une analyse fine des faits et des contextes.

Il a notamment souligné que la première école réformiste d’Oran est souvent associée à tort à l’école El Fellah, alors que les recherches historiques mettent en évidence l’existence d’une structure antérieure remontant à 1934, dont les origines pourraient remonter au début du XXe siècle. Cette école, a-t-il précisé, fonctionnait en marge des autorisations de l’administration coloniale.

Cet établissement dispensait des cours de langue arabe et des enseignements à forte dimension morale, appelant à l’abandon des fléaux sociaux et à la préservation des valeurs. Plusieurs figures ont contribué à son soutien matériel et moral, parmi lesquelles Saïd Zahir, Saïd El Hachemi Mialli, ainsi que l’avocat Sidi Ahmed El Aïmche, connu pour avoir figuré parmi les premiers à avoir traduit des significations du Coran en langue française.

Selon l’intervenant, ces initiatives éducatives ont constitué un socle essentiel dans l’essor de l’enseignement libre à Oran et dans sa région, favorisant l’émergence d’un réseau d’écoles similaires. Ces structures ont joué un rôle déterminant dans la formation d’une génération consciente, appelée à s’engager dans le mouvement national puis dans la Révolution de libération.

Il a également rappelé que l’accès à l’éducation est aujourd’hui largement garanti, en contraste avec la période coloniale, appelant les étudiants à saisir ces acquis, tout en saluant le rôle fondamental des enseignants dans la construction des générations.

La dimension politique de l’Association réhabilitée

De son côté, le professeur universitaire Guendouz Abdelkader de l’université d’Oran 1 a mis en lumière la dimension politique de l’activité de l’Association des Oulémas musulmans algériens, souvent reléguée derrière ses rôles religieux et culturel.

Il est revenu sur la position de l’association face au projet Blum-Viollette, présenté entre 1936 et 1938, soulignant son rejet des politiques d’intégration jugées incompatibles avec la spécificité de la société algérienne. L’association a ainsi contribué à replacer la question nationale au centre du débat, dans une perspective de préservation de l’identité et de la souveraineté culturelle.

Pour l’intervenant, la célébration de la Journée du savoir constitue un message adressé aux jeunes générations, les invitant à renouer avec les valeurs de patriotisme, de travail et de persévérance, rappelant que les pionniers de l’association accordaient une attention particulière à la jeunesse, considérée comme le pilier de l’avenir national.

Un témoignage vivant sur un héritage militant

Dans une intervention empreinte d’émotion, Rachad El Yadjouri a retracé le parcours de son père, Cheikh Abdelkader El Yadjouri, figure de l’Association des Oulémas musulmans algériens dans l’Ouest du pays. Il a mis en lumière son engagement constant en faveur de la diffusion du savoir et de la défense de l’identité nationale.

Son parcours, a-t-il expliqué, s’est étendu à plusieurs régions du pays, à travers des activités d’enseignement et de prêche, avant d’être marqué par l’emprisonnement et l’exil durant la période coloniale, en raison de ses positions opposées aux politiques d’effacement culturel.

Après l’indépendance, a-t-il ajouté, le cheikh El Yadjouri est resté fidèle à son engagement, appelant à faire du savoir un levier de progrès et un pilier de la préservation nationale. Une vision dont la portée demeure, selon lui, pleinement actuelle.