I. Yacine
La wilaya de Mascara figure parmi les pôles agricoles majeurs de l’Ouest du pays, grâce à l’étendue de sa surface agricole utile et à la diversité de ses productions végétales et animales. Toutefois, la campagne agricole 2024/2025 s’est imposée comme l’une des plus éprouvantes de ces dernières années, mettant à rude épreuve la capacité de résilience du secteur, dans un contexte marqué par une baisse significative des précipitations et par l’aggravation des effets du changement climatique. Selon la direction des Services agricoles, la superficie agricole utile de la wilaya est estimée à 312800 hectares, dont environ 58000 hectares irrigués. Or, plus de 90 % des superficies consacrées aux céréales et aux légumes secs dépendent exclusivement des pluies. Cette forte dépendance aux aléas climatiques a conduit, durant la saison écoulée, à l’enregistrement de pertes importantes, voire totales, sur ces cultures, justifiant la déclaration d’un état de sécheresse. Au titre des grandes cultures, la superficie emblavée en céréales a atteint 45761 hectares. Cependant, en raison du déficit hydrique, la superficie effectivement récoltée n’a pas dépassé 12560 hectares, pour une production globale de 193911 quintaux, avec un rendement moyen faible de 15 quintaux à l’hectare. Les légumes secs ont été encore plus affectés, avec une superficie récoltée limitée à 104 hectares et une production ne dépassant pas 796 quintaux. Ces chiffres traduisent l’ampleur de l’impact de la sécheresse sur une filière stratégique pour la sécurité alimentaire, et soulignent la vulnérabilité persistante des cultures pluviales dans la wilaya. À l’inverse, les cultures irriguées ont constitué le principal facteur d’équilibre du secteur agricole local. Les cultures maraîchères, en particulier, continuent de jouer un rôle central dans l’économie agricole de Mascara. Elles occupent une superficie totale de 28240 hectares, pour une production annuelle estimée à plus de 5750500 quintaux. La pomme de terre et l’oignon dominent largement cette production, portée par une tradition agricole bien ancrée et par un savoir-faire technique maîtrisé par les agriculteurs. La production de pomme de terre, toutes saisons confondues, a dépassé 2838175 quintaux, avec un rendement moyen de 269 quintaux à l’hectare. L’oignon, pour sa part, a enregistré une production d’environ 980707 quintaux, avec un rendement élevé estimé à 334 quintaux à l’hectare. L’arboriculture fruitière connaît, depuis plusieurs années, une dynamique de développement notable dans la wilaya, stimulée par la demande du marché et par des prix jugés incitatifs. Durant la campagne 2024/2025, la production d’agrumes a dépassé 458789 quintaux, tandis que celle de l’olive a atteint plus de 567372 quintaux. À ces résultats s’ajoutent des volumes appréciables de raisins et de fruits à noyaux et à pépins, confirmant l’importance croissante de cette filière dans le tissu agricole local.
Production animale, stabilité relative et contraintes persistantes
Sur le plan de la production animale, la wilaya de Mascara recense plus de 22000 têtes bovines, environ 443000 ovins et près de 53000 caprins. L’élevage avicole demeure également très développé, tout comme l’apiculture. Au cours de la saison, la production de viandes rouges a atteint 59200 quintaux, celle de viandes blanches 160200 quintaux. La production d’œufs est estimée à 25000000 unités, tandis que la production laitière s’est élevée à environ 43000000 litres. À cela s’ajoutent 1570 quintaux de miel et 3130 quintaux de laine. Malgré cette relative stabilité, la hausse des coûts de l’alimentation animale, particulièrement en période de sécheresse, demeure l’un des principaux défis auxquels sont confrontés les éleveurs. Au titre de l’année 2025, la wilaya de Mascara a bénéficié d’un soutien financier global dépassant 1,8 milliards de dinars, destiné à appuyer les différentes filières agricoles. La direction des services agricoles souligne néanmoins que, bien que ce montant ait été entièrement consommé, il reste insuffisant pour répondre à l’ensemble des besoins structurels du secteur. Les programmes de soutien ont notamment porté sur le forage de 72 puits profonds, la réalisation de 56 bassins d’irrigation, ainsi que l’extension des réseaux d’irrigation goutte-à-goutte sur une superficie de 660 hectares. Le soutien à l’acquisition de matériel agricole produit localement a également été engagé, même si ce programme a connu des retards, en raison de la hausse des prix des équipements. Parallèlement, le programme de raccordement des exploitations agricoles à l’électricité se poursuit. Plus de 1080 exploitations ont déjà été raccordées, une opération considérée comme déterminante pour l’amélioration des rendements et la pérennisation de l’activité agricole. En matière de santé animale, 32 vétérinaires relevant des services agricoles, appuyés par 82 vétérinaires privés, ont encadré de vastes campagnes de vaccination contre la fièvre aphteuse, la rage et la peste des petits ruminants, touchant des centaines de milliers de têtes de bétail, dans une approche essentiellement préventive. Concernant la protection des végétaux, les services spécialisés ont intensifié les opérations de surveillance et de traitement, incluant la lutte contre les maladies et ravageurs, l’utilisation de semences certifiées et le suivi permanent des champs agricoles à travers l’ensemble du territoire de la wilaya, notamment pour prévenir les risques liés au criquet marocain et aux punaises des céréales. L’action du secteur ne s’est pas limitée à la production et au soutien financier. Elle s’est également étendue à des programmes d’orientation, de vulgarisation et de formation, à travers des journées de sensibilisation, des sorties de terrain et des cycles de formation au profit des agriculteurs, des ingénieurs agronomes et même des détenus des établissements pénitentiaires. Ces actions ont porté sur des thématiques variées, allant de l’élevage à la transformation des produits agricoles, en passant par l’extraction de l’huile d’olive et l’utilisation de plateformes numériques de suivi de la production et des prix. Au final, la campagne agricole 2024/2025 dans la wilaya de Mascara dresse le portrait d’un secteur fortement affecté par les contraintes climatiques, mais capable de résister grâce au développement de l’irrigation, à l’appui de l’État et à un important travail de prévention et de formation. Le véritable enjeu pour les prochaines années réside désormais dans le renforcement des investissements dans l’eau, l’adaptation des mécanismes de soutien et l’élaboration de politiques agricoles mieux adaptées à la réalité des changements climatiques accélérés.




