
Wassila. B
La visite, ce lundi à Niamey, du ministre algérien de l’Énergie, Mohamed Arkab, auprès de son homologue nigérien, marque bien plus qu’une simple réunion technique. Elle symbolise la résilience et la primauté des liens mutuellement bénéfiques sur le plan économique stratégique face aux aléas politiques. Dans un contexte régional encore marqué par les réminiscences de la crise diplomatique du printemps 2025 au sein de l’Alliance des États du Sahel, cette rencontre démontre une volonté pragmatique d’avancer. L’énergie, vecteur de développement et de souveraineté, se révèle être un puissant catalyseur de réengagement et de stabilité.
Au cœur des discussions figuraient deux projets structurants, aux temporalités complémentaires, qui esquissent les contours d’un partenariat énergétique renouvelé. Premièrement, le projet à court et moyen terme : le champ pétrolier du bloc Kafra, découvert en 2018 près de la frontière algéro-nigérienne. Les « résultats très encourageants » évoqués par M. Arkab et le passage à une phase de finalisation de l’exploration témoignent d’une dynamique concrète. La réitération de la disposition de Sonatrach à reprendre les activités convenues, ainsi que le protocole d’accord signé avec la Société nigérienne du pétrole (SONIDEP), ouvrent la voie à un partenariat intégré. Celui-ci dépasse la simple extraction pour englober le transfert d’expertise algérienne cruciale dans le raffinage, la pétrochimie et la distribution. Pour le Niger, il s’agit d’un levier essentiel pour valoriser ses ressources et renforcer son autonomie énergétique. Pour l’Algérie et Sonatrach, c’est l’opportunité de consolider leur rôle de leader énergétique régional et d’étendre leur portefeuille d’actifs.
Deuxièmement, l’horizon à long terme et de dimension continentale : le méga-projet de gazoduc transsaharien (TSGP). Ce projet pharaonique de 4 000 km, destiné à acheminer le gaz nigérian vers l’Europe via le Niger et l’Algérie, est une pièce maîtresse de la géopolitique énergétique africaine. L’examen de son état d’avancement à Niamey, après la signature de l’accord tripartite en février 2025 à Alger, est un signal fort adressé aux marchés et aux partenaires internationaux. Il affirme que malgré les défis sécuritaires et logistiques immenses, la volonté politique des trois pays reste intacte. Pour le Niger, État de transit, ce projet représente une manne financière et un ancrage géostratégique. Pour l’Algérie, c’est la consécration de son statut de plaque tournante gazière vers l’Europe, renforçant ses infrastructures et sa capacité de négociation.
Cette visite, la première d’un ministre algérien au Niger depuis avril 2025, agit donc comme un puissant correctif diplomatique. Elle illustre le principe selon lequel les liens tissés par l’interdépendance économique peuvent servir de ponts pour apaiser les tensions. Le dialogue reprend sur un socle solide de projets concrets et d’ambitions partagées. La présence conjointe du PDG de Sonatrach et de hauts cadres souligne d’ailleurs que cet élan est porté à la fois par l’État et par les opérateurs industriels.


