L’université, berceau des start-up

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Wassila. B

L’université algérienne est en train de vivre une mutation aussi discrète que profonde. Longtemps perçue comme une simple machine à produire des diplômes, souvent déconnectée des réalités du marché du travail, elle s’engage résolument dans une voie nouvelle : celle de l’entrepreneuriat et de l’innovation. Les annonces faites cette semaine par le Pr Ahmed Mir, à l’occasion d’une rencontre nationale à l’Université d’Alger 3, ne relèvent pas de vœux pieux. Elles dessinent les contours d’une « année charnière » en 2026, avec des objectifs chiffres qui forcent le respect et l’attention. Avec la perspective d’atteindre 1 500 projets innovants labellisés et de consolider un tissu de 400 start-up actives, l’institution universitaire semble avoir enclenché la bonne vitesse. Ce n’est plus seulement une question de formation ; il s’agit désormais de production de richesses et de valeur ajoutée. Le chiffre est éloquent : plus de 700 étudiants ont déjà endossé le statut d’auto-entrepreneur. Ce n’est plus l’étudiant qui attend un poste, mais l’étudiant qui crée le sien et, potentiellement, ceux de demain. Ce changement de paradigme, porté par le décret ministériel 1275 sur le « diplôme universitaire – projet de création d’entreprise », est une réponse structurelle à la quête de sens de la jeunesse. Pendant des décennies, la promesse républicaine se résumait à un diplôme garantissant un emploi public. Aujourd’hui, face aux tensions du marché du travail et à la mondialisation des compétences, l’État propose un nouveau contrat social : celui de l’autonomie par l’innovation.

Les résultats préliminaires sont probants. Les 1 522 projets déjà labellisés « innovants » et les 324 start-up opérationnelles ne sont pas de simples statistiques. Elles représentent des centaines de jeunes cerveaux qui ont choisi de miser sur leurs idées plutôt que d’attendre une hypothétique nomination. De même, les 27 000 étudiants formés à l’entrepreneuriat via les Centres de développement de l’entrepreneuriat (CDE) constituent une armée de réserve pour l’économie nationale. Mais l’indicateur le plus significatif de cette mue est sans doute le bond en avant dans le domaine de la propriété intellectuelle. Avec plus de 3 000 demandes de brevets déposées et 256 déjà accordés, l’université algérienne sort de sa tour d’ivoire. Le brevet est le langage universel de l’innovation. Qu’il soit déposé signifie que la recherche universitaire ne reste plus confinée dans les bibliothèques, mais qu’elle aspire à être valorisée, à devenir un produit, un procédé industriel, une solution technologique. Le fait que 56 brevets aient déjà fait l’objet d’une opération de valorisation prouve que le transfert technologique n’est plus un vœu pieux, mais une réalité tangible.

Bien sûr, des défis persistent. L’accompagnement post-création, l’accès au financement au-delà des aides de la NESDA, et la mise en relation avec le tissu industriel national restent des chantiers à parfaire. Il ne suffit pas de créer une start-up ; il faut qu’elle survive, grandisse et s’exporte. Cependant, le cap est clair. En transformant ses amphithéâtres en pépinières d’entreprises et ses laboratoires en centres de profit potentiels, l’université algérienne se réinvente. Elle ne forme plus seulement des futurs cadres ; elle construit la nation start-up de demain. Et c’est peut-être là sa plus belle réussite.