
Wassila. B
L’annonce, en apparence technique, de la conclusion des négociations entre l’Algérie et l’Union européenne pour la reconduction de sa participation au programme PRIMA (2025-2027) est en réalité un signal fort. Derrière les chiffres et les paraphes électroniques, c’est une vision géopolitique claire qui se dessine : celle d’une Algérie qui mise sur la connaissance et l’innovation comme leviers de souveraineté et de stabilisation régionale. Alors que le monde fait face à des crises systémiques (dérèglement climatique, pressions migratoires, insécurité alimentaire), la région méditerranéenne concentre toutes ces fragilités avec une acuité particulière. En s’engageant à hauteur de six millions d’euros dans ce partenariat, Alger ne se contente pas de signer un chèque. Elle affirme une double ambition.
D’abord, une ambition de résilience nationale. Le programme PRIMA n’est pas un énième cadre de coopération abstrait. Il cible le trinôme vital pour le sud de la Méditerranée : l’eau, l’agriculture et l’alimentation. Pour l’Algérie, pays confronté au stress hydrique et désireux de réduire sa dépendance alimentaire, participer à ces réseaux de recherche de pointe est une nécessité existentielle. Les universités et centres de recherche algériens, déjà impliqués dans 99 projets depuis 2018, prouvent qu’ils sont en capacité d’être des acteurs de la solution, et non de simples assistés technologiques. Ensuite, une ambition de repositionnement géopolitique. Longtemps perçue comme une rentière des hydrocarbures, l’Algérie mute. En consacrant un budget spécifique à la recherche conjointe, elle investit dans son soft power scientifique. Elle devient un contributeur net, et non un simple bénéficiaire. Ce passage d’une logique d’assistance à une logique de codéveloppement est précisément ce que l’Union européenne attend de ses partenaires méditerranéens. Les 7,3 millions d’euros déjà investis par l’Algérie dans les précédents cycles démontrent une volonté d’appropriation nationale qui force le respect et l’équilibre du partenariat.
Sur le plan diplomatique, cet accord arrive à point nommé. Il prouve que, malgré les divergences politiques ponctuelles sur d’autres dossiers internationaux, l’Algérie et l’Europe savent construire ensemble des ponts solides sur des sujets d’intérêt commun. La science devient ici un langage universel qui dépasse les postures. En accueillant des entreprises, des ONG et des fondations dans ces programmes, l’Algérie ouvre également son écosystème à une internationalisation maîtrisée, favorisant l’émergence d’une économie de la connaissance.
Enfin, cet accord replace l’Algérie dans son rôle de pilier de la Méditerranée occidentale. Dans un voisinage sud turbulent, un pays capable d’investir dans l’innovation pour la gestion de l’eau et la sécurité alimentaire est un stabilisateur naturel. Un pays qui nourrit mieux sa population et gère durablement ses ressources est un pays qui réduit les causes profondes de l’instabilité. En signant pour trois années supplémentaires, l’Algérie fait beaucoup plus qu’un simple renouvellement d’un abonnement scientifique.


