Une crise titanesque secoue le Maroc 

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Wassila. B

Le Maroc subit de plein fouet les répercussions du conflit qui embrase le Moyen-Orient depuis le 28 février dernier. Bien que géographiquement éloigné des théâtres d’opération, le royaume chérifien, sous l’impulsion de Mohammed VI, découvre avec une douloureuse acuité les limites de sa souveraineté économique. La fermeture du détroit d’Ormuz, consécutive à la guerre entre Israël, les États-Unis et l’Iran, a provoqué une flambée des prix du pétrole et du gaz. Pour un pays structurellement dépendant des importations d’hydrocarbures, le choc est immédiat et impitoyable.

Dès le 16 mars, les prix à la pompe ont bondi de deux dirhams par litre. Le gasoil atteint désormais 12,80 dirhams (1,18 euro) et l’essence 13,93 dirhams (1,28 euro). La Fédération nationale des associations du consommateur (FNAC) a justement dénoncé ce qu’elle perçoit comme une « pratique concertée » entre opérateurs, une hausse simultanée qui accentue la pression sur un pouvoir d’achat déjà fragilisé. Mais au-delà de la facture énergétique directe, c’est tout l’édifice des prix qui menace de s’embraser, ravivant le spectre d’une inflation galopante qui avait déjà dépassé les 10 % en 2022, à la faveur de la guerre en Ukraine.

Ce précédent récent rappelle cruellement au Maroc sa fragilité. Après une crise sanitaire particulièrement contraignante, le royaume avait été l’un des pays les plus durement touchés par les retombées de la guerre en Ukraine. Aujourd’hui, le scénario se répète, avec une intensité d’autant plus inquiétante que les stocks de produits pétroliers nationaux étaient déjà au plus bas. Le 5 février, avant même l’embrasement du Moyen-Orient, les réserves ne couvraient que vingt jours de consommation, conséquence de perturbations logistiques liées aux inondations de début février. La direction de l’aviation civile avait d’ailleurs dû demander aux compagnies aériennes de faire le plein avant d’atterrir sur le sol marocain, une mesure exceptionnelle qui en disait long sur la précarité de l’approvisionnement en kérosène.

Cette vulnérabilité énergétique se double d’une menace existentielle pour deux secteurs vitaux pour l’économie marocaine. Le tourisme, qui représente 7,3 % du PIB et venait de battre tous les records en 2025 avec plus de 19 millions de visiteurs, voit ses perspectives assombries. La Royal Air Maroc a déjà suspendu ses vols vers Doha et Dubaï, tandis que les réservations depuis la France vers le Maroc ont chuté de plus de 15 % en l’espace de quelques jours. Le secteur aérien, colonne vertébrale de cette dynamique touristique, vacille.

Parallèlement, l’agriculture, qui contribue jusqu’à 14 % du PIB et emploie près de 40 % de la population active, est directement menacée. Paradoxe cruel pour un pays producteur d’engrais phosphatés : le Maroc reste dépendant du soufre du Golfe pour son industrie des fertilisants. Les observateurs prévoient désormais une pénurie et une flambée des prix des intrants agricoles, annonçant une nouvelle crise pour un secteur déjà soumis aux aléas climatiques.

En somme, le Maroc se trouve confronté à un cocktail explosif. Hausse des carburants, repli du tourisme, agriculture sous tension : toutes les composantes de la stabilité sociale sont mises à l’épreuve. Si le royaume a montré par le passé une capacité à absorber les chocs, cette accumulation de crises (sanitaire, puis ukrainienne, aujourd’hui moyen-orientale) révèle une vulnérabilité structurelle qu’il n’est plus possible d’ignorer. L’heure n’est plus seulement à la gestion de l’urgence, mais à une réflexion profonde sur l’indépendance énergétique et la diversification des approvisionnements, seules garantes d’une véritable résilience nationale.