
Wassila. B
C’est une petite révolution silencieuse qui s’opère sur les chaînes de production de Tafraoui, à Oran. Silencieuse, mais aux résonances considérables. À l’occasion de la 19e édition du Salon international « Equip Auto Algeria », sous le slogan fier et désormais justifié « Made in Algeria », une annonce majeure a été faite : les premières cargaisons de pièces de rechange Fiat, intégralement fabriquées en Algérie et homologuées par le constructeur, seront expédiées dans les prochaines semaines vers le Cameroun Saluons-le sans détour : l’Algérie ne se contente plus d’assembler. Elle conçoit, produit et exporte. Et ce n’est pas un geste anodin. C’est la preuve tangible que la stratégie de reconquête industrielle, patiemment menée par Stellantis Algérie depuis l’ouverture de son usine oranaise fin 2023, commence à porter ses fruits au-delà des frontières nationales.
M. Pietro Rauseo, directeur de l’export pour l’Algérie, l’a souligné avec justesse : cette opération illustre « la solidité des bases mises en place » pour exporter local. Solidité, le mot est choisi. Car derrière ces quelques conteneurs de pièces détachées, c’est tout un écosystème qui se consolide. Des fournisseurs locaux signent des contrats, des services après-vente se structurent avec treize partenaires nationaux, et l’usine de Tafraoui s’impose comme un véritable hub régional. Le choix du Cameroun comme première destination n’a rien d’un hasard. Pays carrefour d’Afrique centrale, marché automobile dynamique et tourné vers l’importation de solutions fiables et abordables, le Cameroun représente une porte d’entrée idéale pour le savoir-faire algérien. C’est le début d’une conquête commerciale discrète mais méthodique.
Au-delà du symbole, c’est tout un message adressé aux investisseurs étrangers et aux partenaires africains que l’Algérie envoie : le pays est désormais un maillon crédible de la chaîne de valeur automobile internationale. L’exportation de pièces Fiat vers le Cameroun ne constitue pas une simple transaction commerciale ; elle préfigure une nouvelle donne industrielle où l’Algérie, forte de ses compétences et de sa main-d’œuvre qualifiée, entend bien occuper une place de choix sur le continent. À l’heure où les chaînes d’approvisionnement mondiales se réorganisent, ce premier départ est une promesse. Celle d’une industrie nationale enfin souveraine, compétitive et tournée vers l’extérieur. Plus qu’une simple performance économique, cet export est un symbole. Il incarne la confiance retrouvée des grands constructeurs dans l’industrie algérienne. Il démontre que la sous-traitance locale peut atteindre des standards internationaux. Il répond, surtout, à cette ambition longtemps caressée : faire du « Made in Algeria » un label de qualité et de compétitivité, et non plus une simple intention politique. Bien sûr, une première cargaison n’est qu’un début. Les défis restent immenses : élargir la gamme des pièces exportées, fidéliser les clients étrangers, et convaincre d’autres marchés africains. Mais ce premier départ vers Douala ou Kribi a valeur d’acte de naissance industriel.


