Wassila. B

L’intégration industrielle nécessite le développement d’un réseau dense de sous-traitants en Algérie, a souligné, hier, à Alger le spécialiste Abdelkrim Tifrit. Longtemps considérée comme le maillon faible de la chaîne de valeur industrielle, la sous-traitance est aujourd’hui appelée à jouer un rôle central dans la stratégie de relance économique et de diversification de la production algérienne. Au-delà de la simple fourniture de pièces, elle constitue désormais un levier essentiel pour renforcer le taux d’intégration locale, réduire les importations et bâtir un écosystème industriel plus compétitif.

Mais pour atteindre ces objectifs, l’Algérie doit encore relever plusieurs défis. Le premier est celui du nombre insuffisant d’entreprises spécialisées dans la sous-traitance industrielle, un constat partagé par les experts du secteur. Pour Abdelkrim Tifrit, docteur en mécanique énergétique et spécialiste de l’innovation des systèmes et produits industriels, la consolidation de ce tissu industriel demeure une priorité. «Le nombre actuel de sous-traitants reste insuffisant pour relever les défis industriels auxquels le pays est confronté», souligne-t-il dans une déclaration à Horizons. L’Algérie compte actuellement, note-t-il, près d’un millier de PME spécialisées dans la sous-traitance industrielle, un chiffre encore modeste au regard des ambitions affichées en matière d’industrialisation. «Avec le nouveau dispositif de l’auto-entrepreneur et les mécanismes d’accompagnement mis en place, nous espérons dépasser, à terme, les 10.000 entreprises spécialisées», affirme-t-il.

L’enjeu dépasse largement la création de nouvelles entreprises. Le développement d’un réseau dense de sous-traitants constitue l’une des conditions indispensables pour augmenter le taux d’intégration locale dans les différentes filières industrielles, qu’il s’agisse de la mécanique, de l’électroménager, de l’électronique, des matériaux de construction ou encore de l’industrie automobile. En s’appuyant sur des fournisseurs nationaux capables de produire localement composants, pièces et prestations techniques, les industriels réduisent leur dépendance vis-à-vis des importations tout en raccourcissant leurs chaînes d’approvisionnement.

Cette dynamique favorise également le transfert de savoir-faire, la création d’emplois qualifiés et l’émergence d’un véritable écosystème industriel national. Cependant, cette montée en puissance se heurte à plusieurs obstacles structurels. Plusieurs facteurs freinent encore l’essor de la sous-traitance industrielle en Algérie, déplore Tifrit. Les exigences liées aux normes de qualité figurent parmi les principales difficultés rencontrées par les PME.

Un catalyseur de croissance

À cela s’ajoutent le manque d’expertise technique dans certains créneaux de haute valeur ajoutée, la complexité des procédures d’homologation ainsi que les investissements particulièrement lourds nécessaires pour acquérir des équipements modernes répondant aux standards internationaux. Autant de contraintes qui limitent la capacité des petites entreprises à intégrer les chaînes de production des grands groupes industriels, alors même que ces derniers recherchent des partenaires capables de garantir qualité, régularité et compétitivité.

Face à ces défis, l’expert estime que la transformation numérique de la Bourse de sous-traitance et de partenariat (BSTP) constitue une étape déterminante. Cette plateforme pourrait devenir un véritable outil stratégique de mise en relation entre donneurs d’ordre et sous-traitants. «La numérisation de la BSTP permettra d’établir une cartographie précise des compétences industrielles nationales», explique-t-il. Un tel outil offrirait davantage de visibilité aux entreprises, faciliterait l’identification des capacités de production disponibles et améliorerait les opportunités de partenariat.

Cette modernisation contribuerait également à mieux protéger et sécuriser les contrats de sous-traitance, un aspect essentiel pour instaurer un climat de confiance entre les différents acteurs économiques. Elle favoriserait, en outre, une concurrence plus transparente et plus loyale, tout en préservant un tissu industriel que l’expert estime représenter près de 10 % de l’industrie algérienne.

Dans un contexte marqué par la volonté des pouvoirs publics de développer une industrie plus intégrée et plus résiliente, la sous-traitance apparaît désormais comme un véritable catalyseur de croissance. Son développement permettra non seulement d’accroître le contenu local des produits fabriqués en Algérie, mais aussi de renforcer la compétitivité des entreprises nationales sur les marchés intérieur et extérieur.

Le défi consiste désormais à accompagner davantage les PME à travers des dispositifs de financement, de formation, de certification et d’innovation, afin qu’elles puissent répondre aux exigences des grandes industries. Car l’intégration locale ne pourra progresser durablement qu’en s’appuyant sur un réseau solide de sous-traitants performants, innovants et capables de créer davantage de valeur ajoutée au sein de l’économie algérienne.