Habib Benaouda
À l’approche de la fin du mandat électoral, la dégradation du cadre de vie dans plusieurs communes de la wilaya d’Oran place les collectivités locales sous pression. Face à l’accumulation des déchets dans les rues, les quartiers, les espaces publics et même aux abords des plages, le wali d’Oran, Brahim Ouchene, a décidé de passer à l’offensive. Sorties inopinées sur le terrain, mise en demeure des responsables défaillants, mesures disciplinaires et opérations de nettoyage à grande échelle : le chef de l’exécutif de wilaya entend reprendre en main un dossier qui s’est progressivement transformé en véritable point noir de la gestion locale.
Le constat est d’autant plus préoccupant que cette dégradation intervient en pleine saison estivale, au moment où Oran accueille des milliers de visiteurs et entend conforter son statut de grande destination touristique. Dans plusieurs secteurs, les amoncellements de détritus ont fini par s’imposer dans le paysage urbain, donnant à voir une image en net décalage avec les ambitions affichées pour la deuxième ville du pays.
Le wali en première ligne
Depuis plusieurs semaines, Brahim Ouchene multiplie les inspections sur le terrain, souvent sans préavis, pour constater directement l’état des quartiers et identifier les principaux points noirs. Loin de se limiter aux réunions et aux instructions administratives, le wali a choisi d’aller au contact du terrain et de confronter les responsables locaux à la réalité quotidienne vécue par les citoyens.
Le ton est particulièrement ferme. La propreté du cadre de vie, rappelle-t-il à travers ses interventions, ne saurait être considérée comme une opération saisonnière ou une action de circonstance. Elle constitue une mission permanente des collectivités locales et une obligation envers les citoyens.
Cette approche s’est rapidement accompagnée de mesures concrètes. Plusieurs responsables ont été écartés ou sanctionnés après la constatation de défaillances dans l’accomplissement de leurs missions. Une manière pour le chef de l’exécutif de signifier que les insuffisances dans la gestion de la propreté ne peuvent plus être couvertes par les seules explications administratives.
Des moyens importants, mais une gestion défaillante
Cette offensive pose toutefois une question centrale : comment Oran, qui dispose depuis plusieurs années de structures spécialisées, d’équipements et de moyens financiers conséquents consacrés à la propreté, a-t-elle pu en arriver à une telle situation dans certaines communes ?
Le problème semble désormais dépasser la seule question des moyens matériels. Camions, bennes, conteneurs, équipes d’intervention et établissements publics spécialisés ont été mobilisés au fil des années pour améliorer la prise en charge des déchets ménagers et préserver le cadre urbain. Des enveloppes financières importantes ont également été consacrées au renforcement des dispositifs de collecte et de nettoyage.
Mais sur le terrain, les dysfonctionnements persistent. Ils traduisent, selon plusieurs observateurs, des lacunes dans le suivi quotidien, la coordination entre les différents intervenants et surtout dans l’exercice des responsabilités au niveau local.
À quelques mois de la fin du mandat électoral, cette situation prend une dimension particulière. Les élus locaux sont désormais directement interpellés sur leur capacité à assumer une mission aussi élémentaire que la préservation de la propreté de leurs communes. Leur absence du terrain, relevée dans plusieurs secteurs, contraste avec l’ampleur des attentes exprimées par les citoyens.
Une mobilisation collective toujours attendue
Autre sujet de préoccupation : la relative discrétion de la société civile. Alors que la dégradation du cadre urbain appelait à une mobilisation collective, nombre d’associations, notamment celles se réclamant de la protection de l’environnement, sont restées en retrait. Quelques initiatives ont certes été enregistrées, mais elles demeurent insuffisantes au regard de l’ampleur du défi.
La wilaya d’Oran avait pourtant réussi, par le passé, à se forger une réputation appréciable en matière de propreté urbaine. À travers plusieurs programmes successifs, la wilaya avait consacré des moyens humains et financiers importants à l’amélioration du cadre de vie et au renforcement des capacités de collecte. La question de la propreté figurait également parmi les priorités récurrentes des différents exécutifs qui se sont succédé à la tête de la wilaya.
Le contraste avec la situation actuelle n’en est que plus saisissant.
Au-delà des déchets, l’image d’une ville en jeu
La campagne lancée par Brahim Ouchene ne se résume donc pas à une opération de ramassage des déchets. Elle traduit une volonté de remettre la gestion locale devant ses responsabilités et de rétablir une forme de discipline dans le fonctionnement des collectivités.
À l’approche de la fin du mandat, le timing n’est évidemment pas anodin. Le bilan des élus sera inévitablement confronté au regard des citoyens, alors que les prochaines échéances électorales se profilent. La gestion de la propreté, particulièrement visible et directement perceptible par la population, constitue à cet égard un indicateur concret de l’efficacité de l’action locale.
Pour Oran, l’enjeu est également ailleurs. Il touche à l’image d’une métropole qui aspire à consolider sa vocation touristique, économique et commerciale. Une ville qui veut attirer les visiteurs, les investisseurs et les grands événements ne peut durablement composer avec des quartiers défigurés par les déchets et des espaces publics mal entretenus.
La bataille engagée par le wali ne pourra cependant être gagnée par le seul recours aux inspections et aux sanctions. Elle exige une implication réelle et permanente des élus, des administrations, des établissements publics concernés et de la société civile. Car la propreté d’Oran ne saurait être l’affaire d’un seul responsable : elle constitue une responsabilité collective, dont l’efficacité se mesure chaque jour sur le terrain.




