Habib Benaouda 

Plusieurs locaux professionnels aménagés au niveau du lieu-dit « quartier chinois », dans la commune de Misserghine, se retrouvent aujourd’hui au cœur d’interrogations sur leur devenir et leur mode d’occupation. Conçus à l’origine pour accueillir des activités professionnelles et artisanales au profit des jeunes, ces espaces auraient, selon des informations recueillies localement, été progressivement transformés en habitations précaires, au mépris de leur vocation initiale.

La situation interpelle d’autant plus que ces locaux occupent un emplacement particulièrement visible, face à une mosquée et à un cimetière. Au-delà de la question de l’usage qui est fait de ces biens relevant de la collectivité locale, c’est donc l’état du cadre urbain et la gestion du patrimoine communal qui se trouvent posés.

Des locaux professionnels devenus des lieux d’habitation

Selon des sources locales, plusieurs de ces locaux auraient été investis et occupés par des personnes qui ne seraient pas les bénéficiaires auxquels ces espaces étaient initialement destinés. Certains auraient même été exploités par des personnes étrangères à leur vocation première.

Des informations circulant localement font également état de la présence présumée de revendeurs de stupéfiants sur les lieux. Des allégations qui, à ce stade, demandent naturellement à être établies et vérifiées par les services de sécurité et les autorités judiciaires compétentes. Il appartient à ces dernières de déterminer la réalité de ces faits et, le cas échéant, la nature des activités qui se déroulent à l’intérieur des locaux concernés.

Mais au-delà de ces suspicions, une question essentielle demeure : comment ces biens ont-ils pu changer de destination sans qu’un contrôle régulier de leur occupation et de leur utilisation ne soit effectué ?

Le patrimoine communal en question

Cette situation renvoie directement à la gestion des biens de la commune de Misserghine. Les services chargés du patrimoine sont, à ce titre, interpellés sur le suivi de ces locaux, l’identité de leurs bénéficiaires et la conformité de leur exploitation avec leur destination initiale.

Un état des lieux précis permettrait notamment de déterminer le nombre de locaux concernés, leurs occupants actuels, leur situation administrative et juridique ainsi que les éventuelles modifications intervenues depuis leur attribution.

L’enjeu n’est pas uniquement administratif. Les biens appartenant à la collectivité constituent un patrimoine qui doit être préservé, entretenu et valorisé. Lorsqu’ils peuvent être légalement loués ou exploités, ils représentent également une source potentielle de recettes pour le budget communal. Un local abandonné, détourné de sa vocation ou occupé sans titre constitue donc autant un patrimoine immobilisé qu’une ressource financière susceptible d’échapper à la collectivité.

Le risque d’une installation dans la durée

Laisser perdurer une telle situation pourrait surtout compliquer toute tentative de récupération ultérieure des locaux. À mesure que les occupations s’installent dans le temps, le risque de voir se consolider une situation de fait accompli devient plus important, avec la possibilité de revendications ultérieures de régularisation ou de maintien dans les lieux.

Une perspective qui pourrait rendre plus délicate la restauration de la vocation initiale de ces espaces et la récupération effective des biens par la collectivité.

La question revêt également une dimension urbanistique. La transformation de locaux destinés à l’activité professionnelle en logements précaires modifie nécessairement l’aspect et la fonction de cet espace, particulièrement exposé en raison de sa proximité immédiate avec une mosquée et un cimetière. Sans intervention, ce qui apparaît aujourd’hui comme une situation circonscrite pourrait ainsi finir par constituer un véritable point noir dans le tissu urbain local.

Un contrôle et un inventaire s’imposent

Face à cette situation, une intervention des services concernés apparaît nécessaire afin de procéder à un recensement exhaustif des locaux, d’identifier leurs bénéficiaires initiaux et leurs occupants actuels et de vérifier la conformité de leur exploitation avec les dispositions qui encadrent leur affectation.

En cas d’occupation sans droit ni titre ou de changement illégal de destination, les procédures réglementaires devront naturellement être engagées afin de préserver les intérêts de la collectivité.

À Misserghine, le dossier pose finalement une question plus large que celle de quelques locaux transformés en habitations : celle de la surveillance et de la valorisation du patrimoine communal. Car plus une occupation irrégulière s’installe dans le temps, plus sa résorption risque de devenir difficile. D’où la nécessité, aujourd’hui, d’un état des lieux clair et d’une position ferme des services compétents pour éviter que ces biens, initialement destinés à favoriser l’activité et l’insertion professionnelle des jeunes, ne sortent durablement de leur vocation.