Wassila. B

La spécialisation du port de Mostaganem au profit des opérateurs publics ouvre une nouvelle étape dans le développement de cette infrastructure, appelée à jouer un rôle accru dans l’organisation du trafic portuaire national. En visite hier dans la wilaya, le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, a annoncé l’accélération des études pour la réalisation d’un troisième bassin, estimé à quelque 25 milliards de dinars.

Le port de Mostaganem s’apprête à franchir une nouvelle étape de son développement. Après plusieurs opérations destinées à renforcer ses capacités et à améliorer ses performances, l’infrastructure portuaire de l’ouest du pays est désormais appelée à assumer une fonction nouvelle dans le cadre de la réorganisation du système portuaire national.

En déplacement lundi à Mostaganem, le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, a ainsi souligné le caractère « urgent et impérieux » de la réalisation d’un troisième bassin au niveau du port commercial. Une nécessité qui s’explique, selon lui, par les limites actuelles des installations existantes, malgré les travaux déjà engagés.

Le dragage des premier et deuxième bassins et l’augmentation de leur profondeur à neuf mètres constituent, certes, une amélioration importante, mais ces opérations restent insuffisantes pour permettre au port d’atteindre une véritable montée en puissance de son activité. « Cela demeure insuffisant pour assurer une véritable activité », a relevé le ministre, estimant que la réalisation d’un troisième bassin constitue désormais une priorité.

Un projet à 25 milliards de dinars

Pour passer à cette nouvelle phase, les études relatives au projet doivent être achevées. Selon Saïd Sayoud, leur taux d’avancement a déjà dépassé 50 %. Leur finalisation doit permettre l’inscription officielle de l’opération de réalisation. Le coût prévisionnel initial du projet est évalué à environ 25 milliards de dinars. L’enveloppe doit notamment permettre la construction d’un nouveau quai et d’un nouveau bassin présentant une profondeur pouvant atteindre 15 mètres. Une configuration qui élargirait considérablement les possibilités d’accueil du port, en lui permettant de recevoir des navires d’une capacité de 60 000 tonnes, voire éventuellement de 80 000 tonnes.

L’objectif affiché par Saïd Sayoud est de permettre au port de Mostaganem de changer d’échelle et de renforcer durablement sa compétitivité. Dans sa déclaration, le ministre a présenté cette future infrastructure comme une réponse aux contraintes qui limitent encore le développement de l’activité portuaire.

Cette perspective intervient alors que le port connaît déjà une évolution favorable de son activité. Au cours des trois dernières années, le volume des marchandises traitées, le trafic de conteneurs ainsi que le chiffre d’affaires ont enregistré une hausse. Une dynamique qui impose, selon les autorités, d’anticiper les besoins futurs en capacités portuaires et logistiques.

Au-delà des infrastructures, c’est l’organisation même du trafic portuaire qui est appelée à évoluer. Saïd Sayoud a expliqué que sa visite s’inscrivait dans le cadre de la mise en œuvre de la décision du président de la République relative à la spécialisation des ports au niveau national.

L’expérience doit débuter à Mostaganem, qui sera dédié aux opérateurs publics pour leurs opérations d’import-export. Cette orientation vise à instaurer une organisation plus efficiente du transport des marchandises, à réduire la pression exercée sur les différents ports et à améliorer leurs performances.

Le choix de Mostaganem constitue ainsi une première étape d’une démarche appelée à s’étendre à l’ensemble du territoire. Une équipe spécialisée doit élaborer une vision globale de la spécialisation portuaire dans les différentes régions du pays, à l’est, à l’ouest et au centre. L’objectif est de parvenir à une répartition plus équilibrée du trafic de marchandises et, par conséquent, à une meilleure utilisation des capacités disponibles.

Pour le ministre, cette spécialisation doit également contribuer à renforcer la place des ports dans le système économique et logistique national et à offrir de meilleures conditions aux opérateurs économiques.

Mostaganem, premier port spécialisé

La montée en puissance du port ne saurait toutefois reposer uniquement sur l’extension de ses bassins. Le développement des capacités de stockage et des équipements logistiques constitue un autre volet essentiel du programme.

Saïd Sayoud a appelé à accélérer les opérations de dragage des deux bassins existants, mais aussi à passer à l’étape de l’équipement des plateformes logistiques destinées à accompagner l’activité portuaire. Parmi ces espaces figurent des plateformes de stockage à grande capacité couvrant 10 hectares, auxquelles doivent s’ajouter cinq hectares supplémentaires.

Les terre-pleins nécessitent également des équipements adaptés afin d’améliorer la fluidité des opérations. Un programme de renforcement du parc logistique prévoit ainsi l’acquisition de chariots élévateurs, de distributeurs, de différents ensembles électromécaniques, ainsi que d’un scanner et d’autres équipements. L’enveloppe consacrée à cette opération est estimée à 8 milliards de dinars et sa concrétisation est en cours.

Le ministre a d’ailleurs supervisé la mise en service de la plateforme de stockage des conteneurs ainsi que des quais qui lui sont rattachés. Cette opération s’inscrit dans le suivi des instructions présidentielles concernant la réorganisation et la spécialisation des ports.

Des capacités logistiques renforcées

Pour les autorités, la transformation du port de Mostaganem ne commence pas avec le projet du troisième bassin. Plusieurs opérations ont déjà été menées afin de remettre à niveau les installations.

Le ministre a rappelé qu’une précédente visite avait permis d’identifier plusieurs insuffisances nécessitant une intervention urgente. Depuis, des travaux importants ont été réalisés. Parmi eux figurent la construction d’une plateforme de stockage d’environ 10 hectares, l’aménagement prévu de cinq hectares supplémentaires, la rénovation de deux quais ainsi que la remise en état de la cale sèche.

Saïd Sayoud a également mis en avant le fait que ces travaux ont été réalisés avec l’expertise nationale, par des institutions et des entreprises d’ingénierie algériennes. Pour le ministre, cette réalisation démontre la capacité des compétences et des entreprises nationales à conduire des projets portuaires d’envergure et à répondre à des exigences techniques élevées.

La prochaine phase devra donc prolonger ces efforts. Outre le nouveau bassin et le futur quai d’une profondeur d’au moins 15 mètres, des espaces supplémentaires doivent être aménagés au niveau de la cale sèche afin d’augmenter les capacités de stockage et d’améliorer les conditions de réception et de traitement des opérations portuaires.

Une modernisation déjà engagée

La modernisation du port comporte également un important volet lié à la sécurité. Le ministre a insisté sur la nécessité de sécuriser la zone portuaire et de protéger les biens, les marchandises et le personnel. La construction de la clôture de sécurité du port et des zones de stockage figure parmi les opérations engagées.

L’installation d’un système de vidéosurveillance doit, de son côté, renforcer les capacités de contrôle et de vigilance. Des matériaux et équipements répondant aux exigences de l’environnement portuaire et aux conditions climatiques locales doivent également être utilisés.

Autre chantier stratégique : la mise en place du Guichet unique. Celui-ci doit contribuer à simplifier les procédures, réduire les délais de traitement et faciliter les transactions, tout en renforçant la coordination entre les différents organismes et acteurs intervenant dans les opérations portuaires.

À travers l’ensemble de ces mesures, les autorités cherchent à agir simultanément sur les capacités physiques, la logistique, la sécurité et les procédures. L’objectif est d’améliorer la qualité des services proposés aux opérateurs économiques et de rendre les opérations plus fluides.

Sécurité et guichet unique

La spécialisation du port de Mostaganem pourrait ainsi modifier sensiblement sa place dans l’économie régionale. En devenant une infrastructure dédiée aux opérations d’importation des entreprises et sociétés publiques, le port doit bénéficier d’une meilleure visibilité dans la répartition nationale des flux de marchandises.

Pour Saïd Sayoud, cette orientation est appelée à ouvrir de nouvelles perspectives à l’infrastructure et à renforcer la position économique et logistique de la wilaya. Elle doit également accompagner le développement de la région et profiter à ses habitants.

La présence, lors de cette visite, du directeur général de la Sûreté nationale, Ali Badaoui, et du directeur général des Douanes algériennes, le général-major Abdelhafid Bakhouche, traduit par ailleurs la volonté d’associer les différents acteurs concernés à cette nouvelle organisation. Le ministre a insisté sur la coordination entre les services de sécurité, les Douanes, les autorités locales et les responsables du port.

Le message est donc clair : les améliorations déjà réalisées constituent moins un aboutissement qu’un point de départ. Avec le troisième bassin, l’extension des capacités logistiques, la modernisation des équipements, le renforcement de la sécurité et la mise en place du Guichet unique, Mostaganem entend désormais disposer des moyens nécessaires pour accompagner sa nouvelle vocation.

Le défi est de concrétiser rapidement les projets annoncés, en particulier celui du troisième bassin. Avec une profondeur portée à 15 mètres et une capacité d’accueil pouvant atteindre 60 000 tonnes, voire davantage, cette infrastructure est appelée à devenir la pièce maîtresse de la nouvelle stratégie portuaire de Mostaganem.