
Meriem B
Le rideau est tombé sur l’un des visages les plus familiers et les plus élégants de la scène artistique algérienne. Sid Ahmed Agoumi s’est éteint ce dimanche 20 septembre, à l’âge de 86 ans, au terme d’une carrière de près de six décennies consacrée au théâtre, au cinéma et à la télévision. Comédien de caractère, à la présence aussi discrète que marquante, il laisse derrière lui une œuvre riche de rôles devenus, pour certains, de véritables repères de la mémoire audiovisuelle algérienne.
Né le 5 octobre 1940 à Alger, Sid Ahmed Agoumi aura traversé six décennies de création artistique sans jamais se départir de cette élégance qui le caractérisait autant dans le jeu que dans la présence scénique. Sur les planches comme devant les caméras, il a imposé un talent fait de justesse, de sobriété et d’une remarquable capacité à habiter les personnages.
C’est dans les années 1960 que le jeune comédien fait ses premiers pas sur les planches. Il participe alors à plusieurs productions théâtrales, parmi lesquelles Les Enfants de la Casbah, Le Cadavre encerclé, Le Vent et L’Homme aux sandales de caoutchouc. Une première période qui allait poser les fondations d’un parcours appelé à s’inscrire durablement dans l’histoire du théâtre algérien.
Au cinéma, Sid Ahmed Agoumi s’est illustré dans de nombreux films et téléfilms. Sa filmographie compte notamment Les Hors-la-loi de Tewfik Farès et Automne, octobre à Alger de Mohamed-Lakhdar Hamina. Il participe également à Z de Costa-Gavras, s’inscrivant ainsi dans une carrière qui le conduira à côtoyer différents univers cinématographiques.
Au total, le comédien aura participé à plus d’une cinquantaine de films, tout en poursuivant parallèlement son parcours théâtral et télévisuel.
De la scène à la télévision
Le petit écran contribuera largement à rapprocher Agoumi du grand public. Il participe à plusieurs productions télévisées à succès, parmi lesquelles Gourbi Palace de Bachir Derrais, El Massir de Djamel Fezzaz et Un rendez-vous avec le destin, réalisé en 2007 par Djafer Kacem.
C’est également avec Djafer Kacem qu’il retrouve, en 2015, le registre de la série populaire à travers Achour El Acher. Dans cette production, il campe le personnage de Qandil, l’un des rôles qui marqueront particulièrement ses dernières années et contribueront à le faire connaître auprès d’une nouvelle génération de téléspectateurs.
Mais derrière la longue liste de rôles qui jalonnent sa filmographie et sa carrière télévisuelle, c’est avant tout l’homme de théâtre qui demeure. Une dimension que le journaliste et écrivain Nadjib Stambouli avait particulièrement relevée dans son recueil de portraits d’hommes de culture et d’intellectuels, Ma piste aux étoiles, paru en 2015.
Il y décrit Sid Ahmed Agoumi comme «un homme de théâtre exigeant», mais aussi comme «quelqu’un en éternelle représentation, si habité par le théâtre qu’il semblait y être né, dans les coulisses».
Cette exigence artistique ne s’est pas limitée au métier de comédien. Agoumi a également assumé des responsabilités à la tête de plusieurs institutions culturelles. Il a notamment dirigé le Théâtre régional d’Annaba, le Théâtre national algérien ainsi que la Maison de la culture de Tizi Ouzou.
Avec sa disparition, le théâtre et l’audiovisuel algériens perdent ainsi un comédien dont la carrière aura accompagné plusieurs générations et les grandes mutations de la création artistique nationale. Soixante années durant, Sid Ahmed Agoumi aura occupé la scène, le grand et le petit écran, avec cette présence singulière qui faisait de lui un acteur immédiatement reconnaissable. Le rideau se baisse, mais les personnages, eux, demeurent.



