Washington recadre les illusions marocaines

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Wassila. B

La sortie de Massad Boulos, émissaire de Donald Trump, sur France 24 cette semaine restera comme un moment de vérité dans le dossier du Sahara occidental. En quelques phrases dépouillées de toute langue de bois, l’émissaire américain a pulvérisé le récit triomphaliste que Rabat sert à sa population et à ses partenaires depuis l’adoption de la résolution 2797. Non, le dossier n’est pas réglé. Non, le Maroc n’a pas gagné. Non, l’Algérie n’est pas le problème. La diplomatie marocaine, qui avait misé sur une accélération américaine pour imposer ses vues, découvre que Washington ne lui a jamais signé de chèque en blanc. C’est une leçon de réalisme que Rabat ferait bien de méditer.

La première vérité assénée par Massad Boulos est celle de l’impasse : « Il n’existe pas, à l’heure actuelle, de solution qu’on puisse sentir ou toucher. » Voilà qui tranche avec les célébrations prématurées auxquelles le Maroc s’est livré après le vote de la résolution 2797. Rabat a voulu faire croire que le Conseil de sécurité avait tranché et qu’il ne restait qu’à récolter les fruits de sa victoire. La réalité, est tout autre : après trois cycles de pourparlers, le dossier patine. Le Maroc a confondu un cadre de négociation avec un acte de reddition. Cette confusion, entretenue à dessein, visait à escamoter la seule vérité qui compte : le Front Polisario est partie prenante du conflit, et aucune solution ne saurait être imposée sans son consentement librement exprimé. La deuxième phrase de l’émissaire américain devrait faire rougir ceux qui réclamaient un ultimatum contre les Sahraouis. Massad Boulos attend la réponse du Polisario. Pas de délai, pas de sommation, pas de pression. Washington choisit la patience là où Rabat espérait l’impatience. La diplomatie marocaine avait tout misé sur une administration américaine pressée d’en finir pour forcer la main aux Sahraouis. C’est raté.

Troisième vérité, et non des moindres : Alger est félicitée. Depuis des années, Rabat répète à satiété que l’Algérie est le véritable verrou du dossier, l’obstacle à désigner pour débloquer les négociations. Massad Boulos fait exactement l’inverse. Il salue un partenariat constructif, remercie les autorités algériennes, et précise que l’Algérie peut encourager le processus, ce qu’elle a fait, selon Washington. Cette reconnaissance est un camouflet pour la diplomatie marocaine, qui cherchait à faire de l’Algérie la partie principale du conflit alors que, dans le cadre onusien, les deux parties sont le Maroc et le Front Polisario. L’Algérie, comme la Mauritanie, n’est appelée qu’à coopérer en tant que pays voisin. En la remerciant, Washington rétablit la vérité des textes onusiens et démonte la construction artificielle d’un Maroc victime d’un voisin hostile.

La quatrième phrase enfonce le clou : l’Algérie ne peut pas imposer une solution, mais elle peut encourager le processus. Derrière cette formulation apparemment anodine se cache une double reconnaissance. D’abord, l’Algérie n’est pas partie au conflit, contrairement à ce que Rabat martèle. Ensuite, son rôle est celui d’un facilitateur constructif, ce que Washington valide explicitement. Le Maroc, lui, se retrouve seul face à ses contradictions : il voulait faire de l’Algérie le bouc émissaire, il découvre que les États-Unis traitent Alger avec égards. Il prétendait que la résolution 2797 actait sa souveraineté, il découvre qu’elle n’est qu’un cadre de négociation.