Meriem B
La violence urbaine s’impose comme une problématique qui dépasse désormais le seul cadre de l’intervention sécuritaire ou judiciaire. Ses manifestations, ses causes et ses mutations appellent une réponse plus globale, fondée à la fois sur l’adaptation du dispositif juridique, la prévention et l’implication des institutions chargées de la socialisation. C’est autour de cette équation que se sont articulés, lundi à Oran, les travaux d’une journée d’étude consacrée aux « formes de la violence urbaine en Algérie à la lumière des transformations socio-juridiques ».
Organisée par le département « Villes et territoires » du Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC), cette rencontre a réuni des chercheurs et des spécialistes de plusieurs disciplines, ainsi que des représentants du secteur sécuritaire et judiciaire. Une diversité d’intervenants qui a permis de confronter les lectures d’un phénomène dont l’évolution accompagne, dans une certaine mesure, les transformations que connaît la société.
Un arsenal juridique en adaptation
Dans son intervention consacrée aux dimensions juridiques de la lutte contre la violence de voisinage et la violence urbaine, le représentant du Conseil judiciaire d’Oran, le procureur de la République près le tribunal de Oued Tlélat, Ahmed Kerboub, a rappelé l’évolution de la législation algérienne face aux nouvelles formes de criminalité.
Le magistrat a notamment évoqué les textes portant sur la prévention des bandes de quartiers, la lutte contre les stupéfiants et les substances psychotropes ainsi que la législation relative aux discours de haine. À travers ces différents dispositifs, le législateur a introduit aussi bien des mesures d’organisation que des procédures pénales destinées à renforcer la lutte contre ces phénomènes.
Cette adaptation apparaît d’autant plus nécessaire que la criminalité évolue elle aussi avec les transformations technologiques et sociales. Le dispositif légal est ainsi appelé à accompagner ces mutations et à répondre à des formes de délinquance qui ne cessent de se diversifier.
Le représentant du secteur judiciaire a également mis en avant l’évolution de la culture du signalement des actes portant atteinte à la sécurité de la société. Les travaux de la journée devraient, dans ce cadre, aboutir à des axes de travail communs destinés à être soumis aux institutions concernées et à servir de supports scientifiques à la réflexion et à l’action.
Croiser les regards pour mieux prévenir
Pour le directeur de recherche en anthropologie sociale, Dr Hamza Bachiri, l’enjeu de cette rencontre était précisément de dépasser une lecture unique du phénomène. La violence urbaine constitue, selon lui, une préoccupation aussi bien pour le citoyen que pour les institutions publiques, ce qui impose de multiplier les angles d’analyse.
Les communications présentées ont ainsi mobilisé plusieurs approches : sociologique, juridique, anthropologique et psychologique, avec un rapprochement entre les analyses théoriques et les réalités du terrain.
L’objectif n’est pas de prétendre faire disparaître totalement un phénomène aussi complexe, mais d’en réduire l’intensité et les répercussions sur le tissu social. Une perspective qui prend une importance particulière dans les espaces urbains caractérisés par une forte densité de population et une multiplication des interactions sociales.
Pour le responsable du département « Villes et territoires » du CRASC, cette première réflexion pourrait par ailleurs ouvrir la voie à l’organisation d’un colloque national, qui permettrait d’élargir le débat à d’autres expériences locales et d’approfondir les recherches consacrées aux mécanismes de prévention.
La prévention, une responsabilité partagée
De son côté, Dr Hafida Merioua, enseignante à la faculté des sciences sociales de l’Université Oran 2, a insisté sur la nécessité de franchir une nouvelle étape : passer du diagnostic de la violence et de ses causes à la construction de mécanismes de prévention et de prise en charge.
Une démarche qui, souligne-t-elle, ne peut être cantonnée au seul champ sécuritaire. La lutte contre la violence implique également les institutions qui jouent un rôle déterminant dans la construction des comportements et des rapports sociaux, au premier rang desquelles la famille, l’école, l’université et les institutions religieuses.
C’est donc dans la complémentarité des interventions que pourrait se construire une réponse plus durable. En réunissant chercheurs, spécialistes du droit, acteurs de la sécurité et professionnels des sciences sociales, cette journée d’étude aura ainsi permis de poser les bases d’une réflexion collective autour d’un double enjeu : renforcer les mécanismes de prévention et contribuer, à terme, au renforcement de la cohésion sociale et de la sécurité collective.




