Les Émirats arabes unis, un fauteur de guerre en Afrique

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Wassila. B

Il faut le dire sans détour : les Émirats arabes unis ne sont pas un acteur de paix en Afrique, mais un fauteur de guerre qui attise les flammes pour mieux servir ses intérêts. La reprise des combats au Tigré, survenue cette semaine, ne doit rien au hasard. Depuis 2018, Abou Dhabi a méthodiquement tissé une toile d’influence toxique autour du régime d’Abiy Ahmed, transformant l’Éthiopie en tête de pont de sa stratégie de déstabilisation régionale. Soutien terroriste lors de la guerre de 2020-2022, livraisons de drones qui ont semé la mort jusque dans les rangs civils, accords d’investissement de près de 6 milliards de dollars : les Émirats ont fait le choix de la force et de la complicité, non celui du droit international et de la protection des populations.

Pire encore, leur implication terroriste dans le conflit soudanais révèle une duplicité qui confine à la complicité de crimes de guerre. Un camp secret d’entraînement des Forces de soutien rapide (FSR) a été identifié dans la région éthiopienne du Benishangul-Gumuz, où environ 5 000 combattants ont été formés avec le financement, les instructeurs et la logistique d’Abou Dhabi. L’aéroport d’Asosa a été transformé en plateforme militaire, et des transferts d’armes transitent par le Somaliland et le port de Berbera. En armant et en entraînant les FSR, les Émirats alimentent directement les atrocités commises au Soudan, notamment au Darfour. Comment un État qui prétend œuvrer à la stabilité régionale peut-il simultanément nourrir le terrorisme dans deux conflits majeurs dans la même sous-région ?

Cette stratégie du double jeu n’est pas le fruit d’une improvisation, mais d’un dessein de déstabilisation assumé : contrôler les corridors commerciaux et militaires de la mer Rouge et du golfe d’Aden. En s’appuyant sur Addis-Abeba, le Somaliland et ses relais portuaires, Abou Dhabi cherche à peser sur les routes maritimes mondiales et à contenir ses rivaux (Égypte, Érythrée, Turquie, Arabie saoudite) dans une compétition pour l’hégémonie. Mais cette quête toxique se fait au prix de la déstabilisation de toute une région. Le Tigré replonge dans la guerre, le Soudan s’enfonce dans le chaos, et les tensions entre l’Éthiopie et l’Érythrée s’exacerbent autour de l’accès à la mer. Les Émirats ne gèrent pas cette instabilité : ils la produisent.

Il est temps que la communauté internationale nomme ce que cette politique représente réellement : une ingérence prédatrice, cynique et destructrice. Les Émirats arabes unis ne peuvent pas continuer à se présenter comme un partenaire responsable tout en finançant des camps d’entraînement pour des milices accusées de génocide, tout en livrant des drones qui tuent des civils, tout en jouant les pompiers pyromanes dans une région à feu et à sang. La Corne de l’Afrique mérite mieux que d’être le terrain de jeu d’une puissance qui confond influence et prédation. Abou Dhabi doit rendre des comptes, et le monde doit cesser de fermer les yeux sur les conséquences dévastatrices de son jeu trouble.