Sarah M

Le Centre hospitalo-universitaire d’Oran a clôturé, jeudi, la 19e édition de ses Entretiens scientifiques, consacrée cette année à une problématique devenue une priorité majeure de santé publique : la prise en charge des patients atteints de cancer. Pendant deux jours, spécialistes, enseignants, chercheurs et praticiens de différentes disciplines ont confronté leurs expériences autour des nouvelles approches diagnostiques et thérapeutiques, mais aussi des moyens d’améliorer le parcours du malade, depuis la prévention et le dépistage jusqu’aux soins spécialisés et à l’accompagnement.

Organisée au niveau de l’amphithéâtre pédagogique Mohamed Gharbi, cette manifestation scientifique a réuni, à son ouverture mercredi, le directeur de la santé et de la population de la wilaya d’Oran, Abdellah Kaci, le directeur général du CHU d’Oran, le directeur de l’établissement hospitalier du 1er Novembre-1954, ainsi que plusieurs chefs de service, professeurs et spécialistes. La clôture, intervenue jeudi, a permis de dresser les principales recommandations issues des communications, conférences et ateliers organisés durant ces deux journées.

Au-delà de l’échange académique, ces Entretiens ont surtout constitué un espace de réflexion sur les conditions d’une prise en charge plus précoce, mieux coordonnée et davantage fondée sur la concertation entre les différentes spécialités.

Cinq axes pour renforcer la lutte contre le cancer

Pour le directeur de la santé et de la population d’Oran, Abdellah Kaci, le choix de cette thématique s’inscrit pleinement dans les priorités nationales en matière de santé. Il a rappelé que la lutte contre les maladies cancéreuses fait l’objet d’un engagement national à travers le plan cancer et les différentes actions destinées à renforcer les moyens de prévention et de prise en charge.

À Oran, a-t-il indiqué, les patients atteints de cancer bénéficient notamment de la disponibilité gratuite des médicaments, tandis que les capacités techniques continuent d’être renforcées. Le responsable a notamment évoqué les accélérateurs de radiothérapie disponibles au CHU d’Oran et au Centre anti-cancer (CAC) de Hassi, ainsi que le projet d’acquisition de trois nouveaux accélérateurs destinés à l’Institut national du cancer. Leur installation est annoncée pour 2027.

Pour Abdellah Kaci, le développement des équipements doit toutefois aller de pair avec la formation. Il a ainsi insisté sur le rôle du CHU dans la formation des jeunes médecins, mais également dans l’accompagnement des professionnels exerçant au niveau des établissements publics de santé de proximité et des structures hospitalières afin d’améliorer la prise en charge des patients.

Le professeur Abdelkader Boushaba, oncologue médical, ancien chef de service d’oncologie médicale au CHU d’Oran et membre de la Commission nationale de lutte contre le cancer, a, pour sa part, rappelé les cinq axes stratégiques retenus dans le cadre de cette démarche nationale : la prévention, le dépistage, le diagnostic précoce, l’amélioration du parcours de soins et de la prise en charge du malade, ainsi que la recherche.

Des axes qui ont trouvé un prolongement concret dans les différentes sessions des 19es Entretiens.

La RCP au cœur du parcours du malade

L’un des principaux sujets abordés durant cette édition a été celui des Réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP). Ces réunions permettent à plusieurs spécialistes de confronter leurs analyses autour d’un même patient afin de définir, de manière collégiale, la stratégie thérapeutique la plus adaptée à son cas.

Selon le professeur Boushaba, les RCP sont implantées au CHU d’Oran depuis 2015 et leur pratique a contribué à améliorer les délais de prise en charge des patients atteints de cancer. Le principe est de faire intervenir les différentes spécialités concernées dans la définition du parcours thérapeutique, plutôt que de laisser le malade circuler de manière isolée entre les différents services.

Cette approche a également été mise en avant par le professeur Nazim Kourti, chef du service d’hépato-gastro-entérologie et coordinateur des cancers digestifs au CHU d’Oran. Une séance plénière et plusieurs ateliers ont été consacrés aux cancers digestifs, avec la participation de chirurgiens, radiologues, anatomopathologistes, gastro-entérologues et oncologues.

L’objectif, explique-t-il, était notamment d’établir une véritable feuille de route du patient au sein du CHU, depuis le diagnostic jusqu’au traitement. Une organisation qui doit contribuer à réduire les disparités d’accès aux différents examens et traitements et à assurer une meilleure articulation entre chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie et autres approches thérapeutiques.

Le spécialiste a particulièrement insisté sur la nécessité du dépistage précoce des cancers digestifs, notamment du cancer colorectal, ainsi que sur l’importance de la prévention primaire, secondaire et tertiaire. Les échanges ont également porté sur les cancers de l’estomac, du pancréas, les tumeurs du foie et certaines tumeurs endocrines, ainsi que sur l’arrivée de nouvelles molécules en chimiothérapie, en immunothérapie et dans les thérapies ciblées.

Des avancées dans les cancers du sang

Les cancers hématologiques ont également occupé une place importante dans le programme scientifique. Le professeur Reda Messaoudi, chef du service des maladies du sang et de la greffe de cellules souches au CHU d’Oran, a rappelé que les cancers du sang représentent, selon les données présentées lors de ces rencontres, entre 11 et 12% de l’ensemble des cancers.

Il a évoqué plusieurs milliers de nouveaux cas enregistrés annuellement à l’échelle nationale et souligné la complexité de leur prise en charge. Dans ce domaine, le CHU d’Oran a engagé ces dernières années plusieurs évolutions thérapeutiques, notamment avec l’introduction de médicaments innovants et de traitements immunologiques.

Une étape importante a également été franchie en 2025 avec le lancement de la greffe autologue de cellules souches. Quatorze patients atteints de myélome ont, à ce jour, bénéficié de cette technique au niveau du CHU d’Oran, selon le professeur Messaoudi. L’ambition affichée est d’élargir progressivement cette prise en charge à d’autres pathologies, notamment certains lymphomes hodgkiniens et non hodgkiniens ainsi que certaines maladies immunitaires réfractaires.

Prévenir avant de traiter

Si les progrès thérapeutiques ont largement alimenté les débats, les participants ont également insisté sur une évidence : la lutte contre le cancer ne peut reposer uniquement sur l’offre de soins.

La prévention et le dépistage constituent un maillon essentiel de la stratégie. Le professeur Boushaba, qui présidait notamment une session consacrée aux facteurs de risque, a mis l’accent sur la prévention primaire, notamment la lutte contre le tabagisme, l’obésité et d’autres facteurs reconnus comme cancérogènes.

La prévention secondaire, à travers le dépistage organisé, doit également être renforcée, notamment pour les cancers du sein, colorectal et de la prostate, avec la possibilité d’étendre les démarches de dépistage à d’autres localisations, dont le cancer du poumon.

Cette approche rejoint les recommandations formulées par les spécialistes des cancers digestifs, qui ont souligné l’intérêt du dépistage précoce et, lorsque cela est pertinent, du dépistage à grande échelle.

Le numérique et l’accompagnement du patient

Les recommandations finales des 19es Entretiens ont également porté sur la modernisation de l’organisation hospitalière et le développement du numérique. La transformation digitale est appelée à jouer un rôle croissant dans la gestion des dossiers, la coordination entre les services et le suivi du parcours des patients.

L’accompagnement ne s’arrête par ailleurs pas au traitement hospitalier. Le professeur Boushaba a rappelé l’existence de l’hospitalisation à domicile au CHU d’Oran pour les patients qui, notamment à un stade avancé de la maladie, ne sont plus en mesure de se déplacer régulièrement vers l’établissement.

Cette dimension constitue un prolongement de la prise en charge médicale, en intégrant davantage les besoins du malade et de son entourage.

Le CHU veut consolider son rôle scientifique

Au terme de deux journées consacrées à la confrontation des expériences et à l’actualisation des connaissances, les 19es Entretiens du CHU d’Oran auront ainsi permis de dégager plusieurs pistes d’amélioration : renforcer la prévention et le dépistage, accélérer le diagnostic, consolider les RCP, fluidifier le parcours du patient, développer l’accès aux traitements innovants, renforcer les équipements et poursuivre la formation médicale.

La rencontre a également rappelé le rôle particulier d’un CHU dans cette dynamique : assurer les soins, mais aussi former, rechercher et diffuser les nouvelles pratiques médicales.

En clôturant cette 19e édition, les responsables du CHU d’Oran ont réaffirmé leur volonté de poursuivre le soutien aux initiatives scientifiques, de moderniser les équipements et de développer les compétences des personnels. Les recommandations formulées au terme des différentes sessions devront désormais trouver leur traduction dans la pratique quotidienne, avec un objectif central partagé par les participants : améliorer, à chaque étape, le parcours du patient atteint de cancer et renforcer la qualité de sa prise en charge.