
Wassila. B
L’année 2026 devait être celle des projets énergétiques pour le Maroc. Les projets de terminals de GNL à Nador et Mohammedia, inscrits dans la feuille de route nationale, laissaient présager une diversification tant attendue. Pourtant, alors que les tensions géopolitiques s’intensifient au Moyen-Orient et que l’hiver s’achève, Rabat se retrouve pris dans un étau stratégique. Le conflit avec Alger, loin d’être un simple contentieux diplomatique, se transforme aujourd’hui en une véritable crise énergétique aux contours dangereux pour le royaume. L’illusion de l’indépendance s’est effondrée face à une réalité implacable. Depuis la rupture des relations en 2021 et l’arrêt du flux du gazoduc Maghreb-Europe (GME) qui transitait par le Maroc, Rabat est devenu dépendant du marché international et, surtout, des infrastructures espagnoles pour importer du gaz naturel liquéfié. Cette fragilité structurelle vient d’être mise en lumière par un refus catégorique de Madrid. Face aux tensions maritimes en mer Rouge et aux besoins prioritaires de l’Union européenne, l’Espagne a récemment indiqué qu’elle ne pouvait plus garantir les volumes de gaz destinés au Maroc, privilégiant ses propres terminaux pour le stockage du gaz américain destiné au marché communautaire.
Ce camouflet diplomatique n’est que la partie émergée d’un isolement plus profond. En coulisses, Rabat tente désormais de se rapprocher de Moscou pour obtenir des livraisons de secours, un revirement qui illustre la confusion des décideurs marocains, pris entre des alliances occidentales qui montrent leurs limites et un voisin oriental qui verrouille les portes. Le Maroc découvre avec amertume que ses investissements massifs dans la défense, au point de devenir le premier importateur d’armes en Afrique, ne pèsent pas lourd face à la realpolitik énergétique.
Pendant ce temps, Alger orchestre avec une habileté une contre-offensive régionale. Le président Tebboune a annoncé le lancement imminent du gazoduc transsaharien (TSGP) à travers le Niger, enterrant symboliquement le projet concurrent porté par Rabat pour relier le Nigeria à l’Europe via les côtes atlantiques. Forte de ses infrastructures méditerranéennes et d’une part de marché de 22 % en Europe, l’Algérie use de son statut de fournisseur fiable pour renforcer son influence, laissant son voisin marocain exsangue sur le plan énergétique. Le drame pour le Maroc est qu’il paye aujourd’hui le prix d’une stratégie d’affrontement initiée il y a des années. En 2021, lorsque Alger a averti de ne pas renouveler le contrat du GME, Rabat a joué la surenchère plutôt que l’apaisement. La décision de Madrid, bien que technique, est un signal politique: face à la fermeté d’Alger, l’Europe serre les rangs, laissant le Maroc assumer seul les conséquences de son conflit.
Les appels récents du roi Mohammed VI à un retour à la “normalité” et à la réouverture des frontières résonnent comme un constat d’échec. Mais ces déclarations interviennent dans un contexte où l’Algérie, ayant consolidé ses alliances au Sahel et verrouillé ses accords gaziers avec l’UE, n’a plus aucun intérêt à revenir à la table des négociations. La fermeture des frontières, symbole de la défiance, se double désormais d’une fermeture des vannes énergétiques.


