Djamila M
Les services de psychiatrie à Oran enregistrent une hausse sensible de la demande en soins de santé mentale, comme en témoignent les statistiques de l’Établissement hospitalier spécialisé (EHS) en maladies mentales de Sidi Chahmi.
Dans une déclaration accordée à Cap DZ, la cheffe du service de psychiatrie pour adultes, la Dre Sarah Ben Harath, a indiqué que les consultations externes de psychiatrie pour adultes ont atteint 50 235 en une seule année, soit une moyenne d’environ 195 consultations par jour. Au cours de la même période, l’établissement a enregistré 1 097 hospitalisations, totalisant 119 582 journées d’hospitalisation, avec une durée moyenne de séjour d’environ 24 jours par patient.
Ces chiffres illustrent l’ampleur de la pression qui pèse sur l’établissement et mettent en évidence la nécessité de renforcer les services de santé mentale, tant en ressources humaines qu’en moyens techniques, afin de répondre à une demande de soins et de suivi en constante progression.
Les psychoses, dominées par la schizophrénie, représentent près des deux tiers des hospitalisations, ce qui en fait les pathologies les plus consommatrices de ressources thérapeutiques en raison de leur caractère chronique et de la nécessité d’une prise en charge médicale continue.
Le tiers restant des hospitalisations concerne essentiellement les troubles de l’humeur, notamment le trouble bipolaire et les épisodes de dépression sévère. Ces affections requièrent également un suivi rigoureux et des programmes thérapeutiques associant traitement médicamenteux et accompagnement psychologique.
Ces données montrent que les troubles psychiatriques sévères ne constituent plus des situations isolées, mais représentent désormais un véritable enjeu de santé publique et de société, appelant à un renforcement des investissements dans les services de psychiatrie.
Les consultations externes couvrent un large éventail de troubles
Concernant les consultations externes, les psychoses arrivent également en tête et représentent près de la moitié des cas pris en charge. Le reste se répartit de manière équilibrée entre les troubles de l’humeur et les troubles anxieux, tels que les phobies, les attaques de panique et l’anxiété généralisée.
Selon la Dre Ben Harath, cette diversité confirme le rôle central des consultations externes dans le dépistage précoce et le suivi régulier des patients, contribuant ainsi à prévenir l’aggravation des pathologies et à limiter le recours à l’hospitalisation lorsque cela est possible.
Une attention particulière aux personnes âgées et aux patients souffrant d’addictions
L’activité de l’établissement ne se limite pas à la prise en charge des troubles psychiatriques classiques. Elle s’étend également à des services spécialisés destinés aux catégories de patients nécessitant un accompagnement spécifique.
Ainsi, l’unité des consultations de la mémoire a assuré plus de 398 consultations en une année. Cette structure est dédiée à la prise en charge des maladies neurodégénératives touchant les personnes âgées, notamment les troubles de la mémoire et les différentes formes de démence.
Des troubles souvent associés
Parmi les principales difficultés rencontrées par les psychiatres figure la coexistence de plusieurs pathologies chez un même patient. Une personne atteinte de schizophrénie peut, par exemple, présenter simultanément des troubles anxieux, une dépression ou une addiction.
Cette association de troubles complexifie les classifications médicales et les statistiques, tout en imposant une approche thérapeutique globale prenant en compte l’ensemble de l’état de santé du patient.
Un parcours de soins au long cours
La Dre Sarah Ben Harath souligne que les psychoses, et plus particulièrement la schizophrénie, nécessitent généralement des séjours hospitaliers plus longs que les autres troubles psychiatriques, ce qui explique la durée moyenne d’hospitalisation relativement élevée au sein de l’établissement.
Le traitement ne s’achève pas à la sortie de l’hôpital. Les patients doivent bénéficier d’un suivi médical régulier sur le long terme afin de préserver leur stabilité psychique, prévenir les rechutes et garantir l’observance thérapeutique grâce à la poursuite des traitements médicamenteux et aux consultations de contrôle.
Selon la spécialiste, la continuité des soins demeure un facteur déterminant pour améliorer la qualité de vie des patients et réduire le risque de réhospitalisation.
Des traitements modernes malgré certaines contraintes
La prise en charge repose sur un ensemble d’approches thérapeutiques comprenant les médicaments antipsychotiques, la psychothérapie, ainsi que des techniques complémentaires telles que la stimulation magnétique transcrânienne répétitive, l’ergothérapie et la remédiation cognitive.
En revanche, l’électroconvulsivothérapie, reconnue comme un traitement efficace dans certaines formes sévères et résistantes, est suspendue au sein de l’établissement depuis plusieurs années en raison de contraintes techniques liées à l’aménagement des espaces adaptés. Sa reprise est envisagée une fois les travaux de réhabilitation achevés.
Malgré ces difficultés, les équipes médicales poursuivent leur mission en assurant l’ensemble des soins actuellement disponibles, dans un contexte marqué par une demande toujours croissante en santé mentale.
La santé mentale, un enjeu de société
Pour la Dre Ben Harath, la santé mentale dépasse largement le cadre médical. Elle est étroitement liée à la famille, au monde du travail, à l’éducation et à l’insertion sociale. Les patients ont besoin d’un environnement favorable qui les encourage à poursuivre leur traitement et facilite leur réintégration, loin des préjugés et de la stigmatisation qui constituent encore un frein majeur à l’accès aux soins.
Elle insiste également sur l’importance de renforcer la sensibilisation du public à la santé mentale afin de favoriser un diagnostic précoce et une prise en charge rapide, deux facteurs essentiels pour réduire les complications et améliorer les perspectives de rétablissement.
Les statistiques de l’EHS de Sidi Chahmi mettent en lumière l’ampleur du travail accompli par les médecins et les équipes soignantes, qui prennent en charge chaque année plusieurs dizaines de milliers de patients. Elles soulignent également l’urgence de consolider les effectifs, de moderniser les infrastructures et d’élargir les capacités de traitement et de réhabilitation afin de répondre à une demande en constante augmentation.
Plus que jamais, la santé mentale apparaît comme un pilier fondamental de la santé publique. Investir dans ce domaine revient à investir dans le bien-être des individus et dans la stabilité de la société, à l’heure où les défis psychologiques et sociaux ne cessent de s’intensifier.

