Wassila. B

Pendant trois semaines, l’Algérie a vécu au rythme des sirènes, des cieux rougis et des cœurs serrés. Face à une vague d’incendies de sixième génération d’une violence inouïe (plus de 1 850 départs de feu en à peine vingt jours, une moyenne quotidienne de près d’une centaine de sinistres) le pays tout entier a retenu son souffle. Mais aujourd’hui, ce souffle peut s’exhaler en un soupir de soulagement mêlé de fierté : avec près de 100 % des foyers maîtrisés, l’Algérie a remporté la bataille contre les incendies. Les forêts calcinées, les vergers meurtris et les récoltes consumées ne sauraient masquer l’essentiel : face à l’apocalypse orangée, une nation s’est levée, unie, déterminée, et a su repousser l’insoutenable.

Cette victoire, elle porte d’abord le sceau d’une mobilisation gouvernementale exceptionnelle, pilotée avec une rigueur implacable par le ministère de l’Intérieur et le ministre, M. Sayoud. Dès les premières heures de la crise, ce ne sont pas des paroles que l’on a entendues, mais des actes : l’évacuation méthodique des populations vers des zones sûres, la protection des biens publics, et la mise en œuvre de plans stratégiques d’une précision chirurgicale. Là où les flammes semblaient dicter leur loi, l’État a répondu par l’organisation, la coordination et une présence sans faille sur tous les fronts, des crêtes de Béjaïa aux forêts de Souk Ahras, en passant par les massifs de Jijel et de Skikda. C’est cette main ferme qui a permis de transformer la panique en résistance, et la dispersion en un front commun.

Mais au cœur de ce brasier, ce sont les hommes et les femmes de l’ombre qui ont écrit les pages les plus héroïques de ce combat. Aux soldats du feu de la Protection civile, qui ont lutté sans interruption, jour et nuit, au prix d’un épuisement indicible et du sacrifice ultime de six vies, l’Algérie doit un hommage éternel. À leurs côtés, les soldats de l’Armée nationale populaire (ANP) ont déployé une puissance aérienne inédite, Beriev B200 larguant 12 000 litres d’eau, hélicoptères géants MI 26 déversant 15 000 litres sur les foyers les plus infernaux. Ce n’est pas une simple opération de secours, c’est une véritable manœuvre de guerre contre un ennemi sans visage, remportée par le sang-froid et le courage de ceux qui n’ont jamais reculé.

Aujourd’hui, alors que le dernier bilan annonce une baisse constante des départs de feu, avec seulement 31 foyers recensés en six heures contre 80 auparavant, l’Algérie peut tourner une page douloureuse, mais avec la tête haute. Car au-delà des hectares sauvés, des habitations préservées et des vies protégées, c’est un esprit de résilience collective qui s’est imposé. Cette bataille des flammes restera gravée comme le moment où un peuple, encadré par un État décidé et porté par ses forces vives, a prouvé que rien n’est plus fort que sa volonté de survivre et de renaître. Aux victimes, notre recueillement ; aux héros, notre gratitude ; à l’Algérie, notre certitude : de cette épreuve, elle sort plus grande, car elle a su, ensemble, faire plier le feu.