Wassila. B

L’argent liquide n’est plus roi. Il cède progressivement du terrain face à une vague de fond qui transforme en profondeur les habitudes des Algériens et la structure même de l’économie nationale. Les derniers chiffres publiés par le GIE Monétique ne sont pas de simples statistiques : ils sont le reflet d’un basculement civilisationnel, discret mais irréversible.

En l’espace d’un an, le nombre de web-marchands a bondi de 55 %, franchissant le seuil symbolique des 1.000. Le paiement en ligne, avec près de 15,5 millions d’opérations et une valeur totale frôlant les 346 milliards de dinars (soit une croissance ahurissante de 867 %) n’est plus une pratique marginale. Il s’impose comme une voie royale, portée par des décisions courageuses : l’intégration du paiement électronique dans les souscriptions AADL 3, les frais du Hadj ou encore l’achat des moutons de l’Aïd. Autant d’actes quotidiens qui, hier encore, se réglaient exclusivement en billets froissés.

Cette mutation n’est pas le fruit du hasard. Elle est le résultat d’une vision : celle d’un État qui a compris que la modernisation de son système de paiement est un levier stratégique de transparence, d’efficacité et d’inclusion financière.

Le recul spectaculaire des télécommunications dans la part des paiements en ligne (passée de 92 % en 2020 à 46 % aujourd’hui) est tout aussi révélateur. Il atteste d’une diversification des usages, d’une maturité nouvelle du marché et d’une confiance accrue des citoyens dans des canaux numériques sécurisés. Mieux encore, le secteur des assurances a vu ses transactions bondir de 1.307 %, démontrant que l’incitation réglementaire, couplée à l’interdiction des espèces, agit comme un accélérateur redoutablement efficace.

Mais c’est sans doute dans le paiement de proximité que la révolution est la plus palpable. Avec plus de 8 millions de transactions sur les terminaux TPE au premier semestre – l’équivalent du volume cumulé des sept premières années de leur existence –, les Algériens plébiscitent le sans-contact et la rapidité. Le record mensuel de 1,64 million d’opérations en mai dernier n’est pas un pic anecdotique : il est le signe d’un changement de comportement profond, porté par une génération qui a soif de fluidité.

Le paiement mobile, lui, accélère sa percée. Avec des croissances à trois chiffres pour les transactions interbancaires via QR Code (+1.200 %) et les transferts P2P (+490 %), l’application « DZ Mob Pay » s’impose comme le futur incontournable d’un pays qui compte déjà près de 5.000 distributeurs automatiques en service.

Certes, le ratio de 14,73 automates pour 100.000 adultes progresse, mais il reste loin de la moyenne mondiale de 40,42. Certes, les volumes augmentent, mais la fracture numérique et territoriale demeure une réalité.