Un hommage a été rendu au diplomate algérien Mustapha Ferroukhi. La Révolution de libération nationale s’est également écrite sur le terrain diplomatique. C’est ce volet, souvent moins visible que les combats menés dans les maquis, qui a été au cœur d’une conférence historique organisée hier au Musée national du Moudjahid, au Maqam Echahid à Alger. Organisée par l’Association Mechaâl Echahid et le Musée, sous le haut patronage du ministre des Moudjahidine et des Ayants droit, le professeur Abdelmalek Tachetrift, cette rencontre s’est tenue à l’occasion de la Journée nationale du Moudjahid et du 65e anniversaire de la disparition en martyr du diplomate Mustapha Ferroukhi.

Placée sous le thème «La Révolution de libération entre diplomatie et lutte armée», elle a permis de revenir sur la complémentarité entre la lutte armée et l’action diplomatique. Alors que les maquisards affrontaient les forces coloniales sur le terrain, des représentants de la cause nationale œuvraient à faire connaître la réalité de la guerre en Algérie et à porter la voix du peuple algérien auprès de l’opinion et de la communauté internationales. La diplomatie constituait ainsi un autre front de la Révolution. La rencontre est également marquée par un hommage à la mémoire de Mustapha Ferroukhi, dont le parcours demeure étroitement lié à l’action diplomatique de la Révolution.

Le moudjahid Boualem Cherifi rappelle que la diplomatie ne saurait être réduite à une simple discipline régie par des règles et des principes. Elle constitue avant tout, selon lui, une mission de souveraineté, portée par le diplomate qui représente son pays partout où il se trouve. «Le diplomate est, en quelque sorte, une patrie en mouvement», souligne-t-il, estimant qu’il porte avec lui l’histoire, la civilisation, les valeurs ainsi que la vision politique et scientifique de son pays.

Revenant sur les origines de la diplomatie algérienne moderne, il rappelle qu’elle est «née de la glorieuse Révolution du 1er Novembre» et qu’elle en a conservé les principes fondamentaux: ne pas transiger sur les intérêts de la nation, ne pas renoncer à leur défense et rester fidèle aux constantes de l’État algérien. Il met également en avant le rôle du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), qui a réussi, dans un contexte international complexe, à porter la cause algérienne sur la scène mondiale et à faire entendre la revendication du peuple algérien à la liberté, à la souveraineté et à l’indépendance.

Évoquant les commémorations nationales, Boualem Cherifi insiste sur leur valeur comme repères pour les générations futures. «La valeur du temps et du lieu réside dans ce qui y est accompli», relève-t-il, rappelant que les 7 années et demie de la Révolution ont été jalonnées de sacrifices, de courage et de hauts faits qui ont rendu au peuple algérien sa dignité et son honneur. Pour lui, le 1er Novembre demeure une date fondatrice et impérissable de l’histoire nationale.

Un engagement pour l’Algérie

Présente à cette occasion, la fille de  Mustapha Ferroukhi, Zoulikha, partage une partie du parcours de son père ainsi que le travail de mémoire qu’elle mène depuis 2006. Elle tient notamment à préciser que Mustapha Ferroukhi est décédé le 7 août 1960, et non le 13 août comme cela est parfois mentionné. Il a péri dans un accident d’avion avec toute sa famille, alors que l’appareil se trouvait au-dessus de l’Ukraine. Né le 15 décembre 1922, Mustapha Ferroukhi s’était engagé très tôt dans le mouvement national.

Il avait milité au sein de l’Étoile nord-africaine, puis au PPA en 1942, avant de compter parmi les membres fondateurs du MTLD. Il devint ensuite député à l’Assemblée algérienne de 1948 à 1954.  En 1954, il rejoint le FLN et intensifie son engagement dans le combat pour l’indépendance, notamment sur le terrain diplomatique. Sa fille rappelle qu’il avait notamment représenté l’Algérie à Paris en 1953 lors de l’hommage rendu à Staline après son décès, au niveau de l’ambassade de Russie. Son activité internationale se poursuit en 1958 en Yougoslavie, dans le cadre de l’Alliance socialiste. En 1959, il est chargé d’accompagner l’équipe nationale algérienne lors d’une tournée en Asie, au cours de laquelle il rencontre Mao Zedong.

Pour Zoulikha Ferroukhi, ce travail de mémoire est d’autant plus important qu’elle n’a pas véritablement connu son père. Il avait quitté sa vie alors qu’elle avait 3 ans et est décédé lorsqu’elle en avait 8. Depuis 2006, elle reconstitue son parcours à partir des archives, notamment celles d’Aix-en-Provence, et de témoignages. Une démarche qu’elle veut rigoureuse. «Je pourrais facilement écrire un livre de plusieurs dizaines de pages en accumulant les témoignages, mais ce que je veux, c’est la vraie histoire», explique-t-elle, insistant sur la nécessité de privilégier les témoignages assumés et signés ainsi que les documents permettant de vérifier les faits.

Ce travail de transmission a déjà donné naissance à un premier ouvrage réalisé avec un ami, intitulé Mohammed à Pékin s’en est allé, titre faisant référence à un poème écrit à l’occasion de l’enterrement et de l’oraison funèbre consacrée à son père. Deux petites filles doivent d’ailleurs lire ce poème lors de l’hommage, donnant à cette initiative une dimension intergénérationnelle. Un autre projet prend la forme d’une bande dessinée destinée aux jeunes, avec notamment un personnage d’archéologue originaire de Miliana. L’objectif est de rendre cette histoire accessible aux nouvelles générations et de contribuer autrement à la transmission de la mémoire.