
Wassila. B
L’Algérie écrit un nouveau chapitre de son histoire industrielle avec une ambition qui force le respect : se hisser parmi les leaders mondiaux du phosphate et des engrais. Ce n’est plus un simple slogan, mais une réalité en marche, portée par le Projet Intégré de Phosphate autour de l’immense gisement de Bled El Hadba, à Tébessa. Avec des réserves géologiques estimées à plus de trois milliards de tonnes pour le bassin oriental, et des réserves exploitables de 841 millions de tonnes sur ce seul site, notre pays dispose d’un atout stratégique inestimable . Consciente de ce potentiel, l’Algérie a choisi de ne plus exporter de minerai brut, mais de bâtir une filière intégrée d’envergure, capable de transformer cette richesse sur place.
L’excellence de cette stratégie repose sur une vision industrielle intégrée, où chaque maillon de la chaîne est pensé pour créer de la valeur ajoutée. Le complexe chimique d’Oued El Kebrit, à Souk Ahras, est le cœur battant de ce projet, destiné à produire des engrais phosphatés et azotés de haute qualité . Pour relier la mine au complexe de transformation puis aux marchés mondiaux, une ligne ferroviaire minière de 422 kilomètres est en cours de réalisation, tandis que le port d’Annaba se dote d’un nouveau quai minéralier. Les premières exportations de phosphate et de ses dérivés sont attendues dès le premier trimestre 2027, marquant l’entrée en scène d’un nouvel acteur industriel de poids.
Cette percée industrielle s’ajoute à une performance déjà remarquable dans le secteur des engrais azotés, qui fait de l’Algérie un pilier de la sécurité alimentaire régionale. La production nationale d’urée est largement excédentaire, couvrant une demande intérieure d’à peine 150 000 à 200 000 tonnes, permettant des exportations qui ont atteint 1,2 milliard de dollars en 2023 et 2 milliards en 2022. Cette capacité est un atout majeur, surtout dans un contexte mondial où les prix de l’urée ont grimpé en flèche, atteignant 700 dollars la tonne en raison des tensions géopolitiques. La flambée du prix de l’ammoniac, qui a culminé à 900 dollars la tonne, offre une opportunité supplémentaire pour notre pays, sollicité par de nombreux États, notamment européens, pour sécuriser leurs approvisionnements.
L’Algérie ne se contente donc pas de profiter d’une conjoncture favorable ; elle construit les bases d’une souveraineté économique durable. L’investissement de près de 7 milliards de dollars dans le projet intégré de phosphate, qui devrait générer des revenus annuels de 2 milliards de dollars et créer quelque 14 000 emplois directs, en est la preuve la plus éclatante. En misant sur la valorisation de ses ressources minérales et énergétiques, notre pays se dote d’un levier puissant pour diversifier son économie, assurer sa sécurité alimentaire et s’imposer comme un fournisseur incontournable sur le marché mondial des engrais. Un chantier d’avenir qui est en train de se concrétiser sous nos yeux, avec la détermination que l’on connaît.

