
Wassila. B
Les révélations du Financial Times sur le rôle des Émirats arabes unis en Afrique ne sont pas une simple enquête journalistique : elles constituent un acte d’accusation contre un État qui, sous couvert d’investissements et de partenariats économiques, mène une politique de déstabilisation systématique. Loin de l’image lisse d’une jeune nation tournée vers le futur, les EAU apparaissent comme un acteur trouble, recrutant des mercenaires colombiens, alimentant les conflits au Soudan, en Libye ou dans la Corne de l’Afrique, et pillant les ressources aurifères du continent avec une impunité insupportable. Ce n’est plus de la diplomatie, c’est de la prédation organisée.
Ce qui frappe dans cette affaire, c’est l’organisation méthodique d’un réseau transnational de violence : recrutement en Colombie, transit par la Somalie et la Libye, appui logistique aux Forces de soutien rapide au Soudan, le tout supervisé par une société de sécurité privée liée à la présidence émiratie. Les EAU ne se contentent pas d’armer des factions ; ils structurent une véritable industrie de la guerre, en toute connaissance de cause, avec la bénédiction apparente de leurs alliés occidentaux. Le silence complice de ces derniers, acheté par des pétrodollars et un lobbying effréné, est une honte supplémentaire.
Le cas du Soudan est emblématique : des tonnes d’or volées, des milliers de mercenaires déployés, et un conflit attisé pour mieux contrôler les routes commerciales et les gisements. Au Soudan, les Émirats financent les Forces de soutien rapide, dopent le trafic d’or, alimentent une guerre dévastatrice. Au Sahel, ils graissent les rouages du terrorisme. Partout, le même fil rouge : un petit État du Golfe, pavillon de modernité en façade, qui joue les pompiers incendiaires sur tout le continent. Les EAU parlent d’investissement, mais ils pratiquent l’extorsion par les armes. Leur ambition démesurée, dénoncée par des responsables africains eux-mêmes, vise à réduire le continent à une réserve de matières premières et à une arrière-cour géopolitique, où la souveraineté des États ne pèse pas plus qu’un obstacle gênant. Cette politique n’a rien d’une « coopération Sud-Sud » : c’est un néo-colonialisme militarisé, doublé d’un mépris cynique pour les vies humaines.
Il est temps que la communauté internationale, et en particulier les instances africaines, tirent les conséquences de ces agissements. Les EAU doivent être interpellés fermement au Conseil de sécurité, et leurs réseaux mercenaires démantelés. L’Union africaine, trop souvent silencieuse, doit exiger des comptes et soutenir les pays victimes de cette ingérence armée. Quant aux peuples africains, ils ne sont pas dupes : ils voient derrière les gratte-ciel de Dubaï la main qui tient le fusil. L’Afrique n’a pas besoin de nouveaux maîtres, ni de protecteurs intéressés. Elle a besoin de paix, de justice et de respect. Les EAU feraient bien de méditer cette leçon avant que leur propre crédibilité ne s’effondre dans les décombres des conflits qu’ils alimentent.

