L’Algérie, nouvelle puissance mondiale des engrais azotés

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Wassila. B

Alors que le conflit au Moyen-Orient ébranle les chaînes d’approvisionnement mondiales et affole les cours des matières premières, l’Algérie prouve, une fois de plus, qu’elle sait transformer les crises en opportunités. En annonçant, avec son partenaire omanais, l’extension spectaculaire de l’usine d’engrais d’Arzew, Alger ne se contente pas de répondre à une demande mondiale sous tension : elle anticipe, elle investit et elle s’impose. Ce projet, qui augmentera de 50 % la capacité d’un site déjà stratégique, est un signal clair adressé aux marchés internationaux : l’Algérie est désormais un fournisseur fiable, ambitieux et incontournable dans l’engrais azoté, bien au-delà des secousses géopolitiques.

L’usine AOA, opérationnelle depuis 2017, est la preuve vivante que la coopération Sud-Sud n’est pas un vœu pieux, mais une réalité industrielle rentable. Avec Sonatrach comme actionnaire à 49 % et le groupe omanais Suhail Bahwan Holding à 51 %, ce mariage entre capital et technologie a déjà fait ses preuves : plus de 90 % de sa production est exportée vers trois continents. Aujourd’hui, en doublant presque sa ligne de production d’ammoniac et d’urée, les deux partenaires consolident leur emprise sur un marché européen, américain et asiatique en quête désespérée de stabilité. Et quand M. Mohamed Arkab, ministre des Hydrocarbures, promet de « lever tous les obstacles », il donne la mesure de la détermination algérienne : ici, les projets ne s’enlisent pas dans les paperasseries, ils se réalisent.

Les données sont éloquentes : 1,5 milliard de dollars d’exportations d’engrais et produits chimiques sur les sept premiers mois de 2025, une hausse de 9 %, une place de troisième fournisseur mondial d’urée vers l’Inde, derrière l’Égypte mais devant le Nigeria… L’Algérie ne joue plus dans la cour des petits producteurs. Elle s’installe durablement parmi les leaders, portée par une ressource nationale (le gaz naturel) qu’elle valorise intelligemment sur place, au lieu de l’exporter brut. En pleine pénurie mondiale, causée par la fermeture du détroit d’Ormuz qui a coupé 38 % de l’approvisionnement planétaire, l’Algérie incarne cette alternative crédible que les acheteurs internationaux appellent de leurs vœux. Et la Banque mondiale ne s’y trompe pas, qui anticipe une flambée de plus de 30 % des prix des engrais en 2026 : l’Algérie sera là pour en capter la manne.

Ce n’est pas un simple agrandissement d’usine : c’est une brique de plus dans l’édifice de la nouvelle Algérie. En s’inscrivant dans l’objectif présidentiel de porter les exportations hors hydrocarbures à 10-15 milliards de dollars (contre 5,1 milliards en 2023) le projet d’Arzew incarne la diversification économique tant attendue. L’engrais, produit noble issu du gaz, devient un levier de souveraineté industrielle et de rayonnement commercial. L’Algérie ne se contente plus de vendre ses ressources : elle les transforme, elle les exporte à forte valeur ajoutée, et elle s’impose comme un acteur géopolitique incontournable dans la sécurité alimentaire mondiale. Dans un monde fracturé, où chaque pays cherche à sécuriser ses approvisionnements, Alger répond : « Nous sommes prêts. Et nous grandissons encore. » Un message fort, porté par le pragmatisme et l’audace.