Djamila M

L’établissement hospitalier spécialisé en psychiatrie de Sidi Chahmi fait face à une demande soutenue en matière de santé mentale. Les dernières statistiques font notamment ressortir l’importance de l’activité consacrée aux addictions, avec 5 443 consultations enregistrées au niveau de l’unité spécialisée, ainsi que plus de 398 consultations mémoire destinées principalement aux personnes âgées.

Ces chiffres, communiqués à CapDz par la docteure Sara Benharat, psychiatre au sein de l’établissement, donnent un aperçu de la pression qui s’exerce sur les structures spécialisées, confrontées à des besoins croissants en matière de soins, de suivi et de réhabilitation.

L’addiction, un parcours de soins au long cours

Avec 5 443 consultations sur une année, l’unité de consultation mobile de lutte contre les addictions figure parmi les structures les plus sollicitées de l’établissement. Un volume qui ne correspond pas au nombre de personnes prises en charge, une même personne pouvant effectuer plusieurs consultations, mais qui traduit clairement l’ampleur de la demande.

La prise en charge des addictions ne se résume pas à la prescription d’un traitement. Elle suppose un accompagnement global associant diagnostic, évaluation psychologique et sociale, traitement adapté et suivi régulier, avec pour objectif de prévenir les rechutes et de favoriser la réinsertion familiale, sociale et professionnelle.

Dans ce contexte, la prévention demeure un maillon essentiel. L’information sur les risques liés aux substances psychoactives et aux comportements addictifs, mais aussi l’accès précoce aux soins, peuvent contribuer à éviter l’aggravation des situations et leur évolution vers des formes chroniques.

La mémoire, un autre front de la psychiatrie

L’établissement prend également en charge les troubles cognitifs liés au vieillissement. L’unité de consultation mémoire a enregistré plus de 398 consultations, témoignant de besoins croissants en matière de dépistage et de suivi des troubles de la mémoire et des fonctions cognitives chez les personnes âgées.

Le diagnostic précoce permet d’adapter la prise en charge, d’accompagner les familles et d’organiser un suivi en fonction de l’évolution de l’état du patient.

Au-delà de ces deux activités, les équipes assurent la prise en charge de patients présentant des troubles psychiatriques multiples ou chroniques. La coexistence de plusieurs pathologies chez un même patient complique d’ailleurs la lecture des statistiques et impose une évaluation globale plutôt qu’un traitement centré sur un seul diagnostic.

La schizophrénie, des prises en charge souvent longues

Les psychoses, notamment la schizophrénie, figurent parmi les pathologies pouvant nécessiter une hospitalisation, particulièrement lorsque les symptômes deviennent aigus et compromettent l’autonomie ou la sécurité du patient.

Ces prises en charge sont souvent longues et peuvent avoir des répercussions sur la scolarité, l’emploi et les relations sociales. L’enjeu ne consiste donc pas uniquement à contrôler les symptômes, mais aussi à préserver autant que possible l’autonomie du patient et à préparer son retour dans son environnement.

Après l’hospitalisation, un suivi régulier et prolongé reste nécessaire afin de limiter les risques de rechute et de réhospitalisation. Aux traitements médicamenteux peuvent s’ajouter, selon les indications, la psychothérapie, la remédiation cognitive, l’ergothérapie ou encore la stimulation magnétique transcrânienne.

L’ECT toujours suspendue

À Sidi Chahmi, l’électroconvulsivothérapie (ECT) demeure suspendue depuis plusieurs années en raison de contraintes techniques, notamment l’absence d’un espace spécifiquement aménagé. L’établissement envisage toutefois de réactiver cette pratique après les opérations de réhabilitation et la mise en place des conditions nécessaires.

En attendant, les équipes poursuivent les différentes modalités de prise en charge disponibles, avec une approche qui tend à privilégier un parcours continu, allant de la prévention et du diagnostic au traitement, à la réhabilitation et à la réinsertion.

À travers les 5 443 consultations en addictologie et les centaines de consultations mémoire, mais aussi l’activité consacrée aux psychoses et aux troubles chroniques, l’établissement de Sidi Chahmi met ainsi en évidence les défis auxquels est confrontée la psychiatrie publique à Oran : répondre à une demande croissante tout en renforçant les ressources humaines, les équipements et les dispositifs de suivi extrahospitalier.