Plusieurs enquêtes journalistiques internationales et rapports européens mettent en lumière les stratégies d’influence déployées par les Emirats arabes unis en Europe, notamment autour des questions liées à l’islam et aux musulmans. Selon ces documents, Abou Dhabi aurait contribué, à travers ses réseaux politiques, médiatiques et de lobbying, à la diffusion de discours hostiles à l’islam, tout en cherchant à promouvoir sa propre conception d’un « islam modéré ».
Le dernier rapport en date, publié par l’organisation de défense des droits humains FairSquare, s’intéresse particulièrement au rapprochement entre les Emirats et certains milieux de l’extrême droite britannique. Intitulé « Le Parti de la Réforme et les Emirats arabes unis : une menace pour la politique britannique », le document, signé par Alex Carlin, directeur de la recherche de l’organisation, évoque une convergence politique entre Abou Dhabi et Reform UK.
Le rapport relève notamment l’évolution des relations entre les deux parties, alors que Nigel Farage, dirigeant de Reform UK, avait publiquement critiqué les Emirats en 2023, dénonçant notamment leur système politique et leur bilan en matière de droits humains. Dans le même temps, plusieurs responsables du mouvement se seraient installés aux Emirats, selon le document.
Une stratégie d’influence à l’échelle européenne
FairSquare inscrit cette évolution dans une stratégie plus large attribuée à Abou Dhabi, consistant à rechercher des relais auprès de forces politiques occidentales, notamment dans les milieux conservateurs et d’extrême droite. Le rapport cite également le rôle de certains médias et personnalités publiques britanniques dans la diffusion de récits favorables aux positions émiraties, évoquant notamment GB News.
La France figure également parmi les pays concernés par cette stratégie d’influence. Le rapport fait état de rencontres secrètes et d’un soutien clandestin attribué aux Emirats à Marine Le Pen, dans un contexte marqué par les débats européens sur l’islam, l’immigration et la lutte contre l’extrémisme.
Ces accusations s’inscrivent dans un ensemble plus vaste d’enquêtes consacrées aux réseaux d’influence d’Abou Dhabi. Le chercheur britannique Andreas Krieg avait déjà souligné le rôle attribué aux Emirats dans l’association, en Europe, entre islam et terrorisme, ainsi que dans la promotion de discours hostiles aux mouvements et organisations musulmans.
L’affaire Alp Services constitue, à cet égard, l’un des épisodes les plus documentés. Des enquêtes européennes ont fait état d’une collaboration entre cette société suisse et les Emirats. Selon les informations divulguées, les services émiratis auraient versé plus de 5,5 millions d’euros à Alp Services pour constituer des dossiers concernant plus d’un millier de personnes en Europe et contribuer à leur discréditation en les associant à des réseaux extrémistes.
Une offensive qui passe aussi par le lobbying
D’autres investigations, notamment celles de l’European Eye, ont par ailleurs décrit un recours massif au lobbying et à des campagnes d’influence destinées à façonner la perception des Emirats et à peser sur les politiques européennes.
Pour les auteurs de ces différents rapports, l’enjeu dépasse ainsi la seule politique étrangère émiratie. Il concerne également la bataille des représentations autour de l’islam en Europe, avec, en toile de fond, la volonté présumée d’Abou Dhabi de s’imposer comme interlocuteur privilégié des gouvernements occidentaux sur les questions liées à l’islam et à la lutte contre l’extrémisme.




