H.N
Neutralité, vérification, égalité de traitement et autorégulation ont constitué les principaux axes d’une réflexion consacrée aux exigences de la couverture médiatique du prochain scrutin local.
Au-delà de la couverture proprement dite des élections locales, c’est la responsabilité des médias dans la qualité du débat électoral qui s’est retrouvée au cœur des échanges lors de la journée d’étude organisée hier au Centre international des conférences Abdelatif-Rahal. Professionnels des médias, universitaires et représentants d’institutions ont insisté sur la nécessité d’une information fondée sur la vérification, la neutralité et le respect de l’éthique professionnelle.
Dans un contexte marqué par la multiplication et l’accélération des contenus numériques, les médias sont notamment appelés à contribuer à la prévention de la désinformation électorale et à permettre aux citoyens d’accéder à une information fiable. Cette mission suppose également de garantir aux candidats un traitement équitable et un espace permettant la présentation de leurs programmes et positions.
Neutralité et égalité, des exigences professionnelles
La couverture électorale impose, dans ce cadre, une attention particulière à l’égalité de traitement. La répartition des espaces médiatiques et des temps d’antenne, comme le traitement des différentes candidatures, doivent répondre aux exigences d’équilibre et d’impartialité.
Les intervenants ont également mis en garde contre le sensationnalisme et la recherche du « scoop » au détriment de la vérification. Le journaliste doit pouvoir distinguer clairement les faits du commentaire, vérifier les informations avant leur publication et éviter toute présentation susceptible de déformer la réalité du débat électoral.
La mission de sensibilisation du citoyen doit, elle aussi, rester centrée sur l’information. Il s’agit notamment d’expliquer les modalités du scrutin et l’importance de la participation électorale, sans transformer cette mission en orientation des choix des électeurs.
Miser sur l’autorégulation
Pour le professeur à l’Université d’Alger 3, Mohamed Ahmed Tayeb, l’encadrement juridique et les mécanismes de sanction ne peuvent, à eux seuls, prévenir les éventuels dépassements. Il a ainsi plaidé pour le développement de l’autorégulation au sein des entreprises médiatiques.
Parmi les propositions avancées figure la désignation d’un médiateur chargé de veiller au respect des règles professionnelles et de recueillir les réclamations du public et des candidats. L’intervenant a également appelé à renforcer l’indépendance économique des médias à travers la recherche de modèles numériques durables.
La formation constitue un autre axe mis en avant, avec la nécessité d’adapter les programmes universitaires et professionnels aux nouvelles réalités du métier, notamment à travers des modules consacrés aux médias de crise, à la couverture électorale et à l’éthique des médias numériques.
Mohamed Ahmed Tayeb a, par ailleurs, évoqué la possibilité de mettre en place un observatoire national indépendant chargé d’évaluer les pratiques médiatiques et de relever les éventuels dépassements durant les campagnes électorales.
La vérification au cœur du numérique
De son côté, le professeur Karim Belkass a insisté sur les défis spécifiques auxquels sont confrontés les médias numériques. La vitesse de circulation des contenus, a-t-il relevé, ne doit pas conduire à sacrifier la qualité et la fiabilité de l’information.
Dans cet environnement où une information insuffisamment vérifiée peut rapidement se propager, la priorité doit rester accordée à la fiabilité du contenu plutôt qu’à la seule rapidité de publication.
À travers ces différentes contributions, la réflexion engagée lors de cette journée dépasse ainsi la seule échéance du 28 novembre. Elle pose plus largement la question des pratiques professionnelles à consolider face aux mutations du paysage médiatique, avec un même impératif : faire de la vérification, de la responsabilité et de l’éthique des garde-fous essentiels de l’information électorale.




