Wassila. B
En s’adressant à la nation hier soir à travers un entretien accordé à la presse nationale, diffusé sur la Télévision algérienne, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune a abordé tour à tour le dossier nigérien, la question du pouvoir d’achat, les prévisions du FMI et la diplomatie algérienne. Le chef de l’État a tracé les contours d’une Algérie qui refuse la pression, décline les diktats et entend décider souverainement de son cap. D’Alger à Niamey, en passant par Téhéran, c’est une même ligne directrice qui se dessine : celle d’une nation qui ne se laisse ni intimider, ni dicter sa conduite.
Le sujet le plus sensible demeure sans conteste l’envoi d’avions militaires algériens au Niger. Le président Tebboune a levé toute ambiguïté en révélant le contexte de cette décision : alors que le Premier ministre nigérien se trouvait en visite officielle en Algérie, une tentative de coup d’État a éclaté à Niamey. Le chef de l’État algérien y voit une provocation directe. « Qu’est-ce que cela signifie ? Une provocation à l’égard de l’Algérie ? Moi aussi, je vais envoyer des avions », a-t-il tranché. Derrière la formule frappante se cache une réalité géopolitique implacable : pour Alger, la stabilité du Sahel n’est pas une question de politique étrangère lointaine, mais une composante directe de sa sécurité nationale. Toute tentative de déstabilisation dans cette région est perçue comme une pression exercée sur l’Algérie elle-même.
Sur le front intérieur, le président Tebboune a tenu à distinguer les responsabilités dans la flambée des prix des fruits et légumes, qui pèse lourdement sur le quotidien des Algériens. « La majorité des agriculteurs n’est pas responsable de la hausse des prix », a-t-il affirmé, épargnant ainsi le monde agricole pour mieux pointer du doigt les défaillances de certains responsables locaux, dont plusieurs ont déjà été limogés. Cette mise au point n’est pas anodine : elle traduit la volonté du chef de l’État de protéger le pouvoir d’achat des citoyens tout en ciblant les véritables maillons de la chaîne de distribution. Mais au-delà de la question des prix, c’est la crédibilité de l’action publique qui est en jeu, tant la colère sociale monte face à une inflation persistante.
Les prévisions du Fonds monétaire international, sur les réserves de change algériennes à l’horizon 2031, ont également été balayées d’un revers par le président. « Elles seront plus élevées », a-t-il assuré, avant de replacer le débat sur un terrain plus fondamental : « Nous travaillons pour augmenter nos revenus hors hydrocarbures. Ce n’est pas une question de devises. C’est une question de souveraineté. » Cette déclaration résume à elle seule la doctrine économique défendue par Alger : réduire la dépendance aux hydrocarbures, diversifier les sources de revenus et refuser que la trajectoire nationale soit dictée par des institutions financières internationales.
Que ce soit face aux tentatives de déstabilisation au Sahel, aux pressions économiques internationales ou aux équilibres diplomatiques mondiaux, le message est le même : l’Algérie ne cédera ni sur sa sécurité, ni sur sa souveraineté, ni sur sa liberté de décision. Une ligne de conduite exigeante, qui suppose des moyens à la hauteur des ambitions affichées. C’est là tout l’enjeu des années à venir.


