
Bakhta B
Soixante-cinq ans après les massacres du 17 octobre 1961 à Paris, cette date demeure l’un des témoignages les plus douloureux de la répression coloniale, mais aussi l’une des expressions les plus fortes de l’attachement des Algériens à leur patrie. Dans son message à l’occasion de la Journée nationale de l’émigration, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, remet en lumière le rôle déterminant de la communauté algérienne établie à l’étranger dans le combat pour l’indépendance, tout en réaffirmant la responsabilité de l’État envers ses ressortissants à travers le monde.
L’histoire du 17 octobre 1961 est celle d’hommes et de femmes qui, malgré l’exil, la précarité et les discriminations, n’ont jamais renoncé à leur identité ni à leur engagement national. En descendant pacifiquement dans les rues de Paris pour dénoncer un couvre-feu raciste, imposé aux Algériens par les autorités coloniales, ils ont affirmé leur solidarité avec la Révolution de libération et leur refus de voir leur peuple réduit au silence. La répression qui s’est abattue sur eux, marquée notamment par des noyades dans la Seine, a révélé jusqu’où pouvait aller la violence coloniale pour tenter d’étouffer une aspiration irréversible à la liberté.
Mais cette nuit tragique n’a pas effacé leur message. Elle a, au contraire, consacré la place de l’émigration dans la lutte nationale. Les travailleurs algériens installés en France, confrontés à des conditions de vie éprouvantes, ont contribué à soutenir la Révolution et à porter ses revendications au-delà des frontières. Leur engagement rappelle que l’indépendance s’est conquise grâce à une mobilisation nationale dont les prolongements à l’étranger ont constitué un maillon essentiel.
Soixante-cinq ans plus tard, cette mémoire ne saurait se limiter à la commémoration des sacrifices consentis. Elle interpelle également le présent. En saluant la fidélité de la communauté nationale à travers le monde, le président de la République souligne la permanence d’un lien que l’éloignement géographique n’a jamais suffi à rompre. Un lien nourri par l’histoire, la mémoire collective et la transmission aux nouvelles générations.
Il appartient désormais à l’État de faire vivre cette relation par des actes concrets. La protection des ressortissants, la défense de leurs intérêts, la simplification de leurs démarches et l’amélioration de leur accueil lors de leurs déplacements en Algérie constituent autant de leviers pour consolider leur confiance et maintenir leur attachement au pays. La diaspora représente également un réservoir de compétences, d’expériences et d’initiatives dont la contribution au développement national mérite d’être davantage encouragée.
La portée du 17 octobre 1961 réside ainsi dans cette continuité entre le combat des anciens et les responsabilités du présent. Honorer les victimes, c’est préserver leur mémoire de l’oubli, transmettre leur histoire et reconnaître le rôle de tous ceux qui, depuis l’étranger, ont contribué à l’édification de la nation.
Car l’exil n’a jamais signifié le renoncement à la patrie. Hier, les Algériens de France ont bravé la répression pour défendre leur droit à la liberté. Aujourd’hui, leur communauté et celles établies ailleurs dans le monde demeurent une composante essentielle de la nation. Entre mémoire et avenir, le défi est de faire de cette fidélité historique un lien vivant, fondé sur la reconnaissance, la confiance et une appartenance nationale qui ne connaît pas de frontières.



