
Wassila. B
La spéculation sur les prix des produits de large consommation, notamment agricoles, est venue ces derniers mois rappeler cruellement aux Algériens que la stabilité du pouvoir d’achat demeure un enjeu central de cohésion sociale. Face à la hausse des prix des viandes, de la pomme de terre, de la tomate, de la banane ou encore de la pomme, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a décidé de passer à l’offensive. Réuni en Conseil des ministres, il a arrêté sept mesures phares qui traduisent une volonté claire : reprendre la main sur les circuits de distribution et briser les logiques de rente qui étranglent le consommateur. Il y a dans cette démarche une forme de courage politique, car toucher aux intermédiaires et aux marges, c’est s’attaquer à des intérêts bien établis.
Le premier mérite de ces mesures réside dans leur cohérence d’ensemble. En chargeant le Premier ministre d’ouvrir une enquête sur le rôle négatif de certains importateurs dans la monopolisation des viandes importées (revendues au prix de la viande locale), l’État entend remonter à la source de la spéculation. En parallèle, l’élaboration d’un texte strict encadrant l’activité des intermédiaires entre producteurs et citoyens vise à assainir une chaîne de commercialisation où se nichent souvent les profits les plus indus. Ce n’est pas une demi-mesure, mais une tentative de traiter le mal à la racine, en identifiant les maillons qui gonflent artificiellement les prix.
La seconde force de ce dispositif tient à son ancrage territorial et à sa dimension préventive. La mise en place, par les walis, d’un mécanisme d’achat des excédents locaux, de stockage puis d’injection sur le marché dès les premiers signes de fluctuation, constitue une véritable régulation de précaution au service du pouvoir d’achat. De même, le plafonnement des prix et la fixation des marges bénéficiaires sur les légumes, légumineuses, pâtes et viandes, tenant compte des chaînes de production, témoignent d’une approche sectorielle fine. En confiant aux directeurs du commerce, sous l’autorité des walis, un suivi quotidien des prix au niveau local, l’État rapproche la décision du terrain et se donne les moyens d’une réactivité nouvelle.
Le président de la République a insisté sur la question décisive de l’exécution. Les sept mesures annoncées ne vaudront en effet que par leur application effective et durable. Le renforcement des brigades de contrôle, avec des descentes quotidiennes tout au long de l’année, et la future base de données numérique de suivi des prix, pensée avec le Haut-commissariat à la numérisation, dessinent les instruments d’une gouvernance plus moderne et plus transparente. Mais l’expérience enseigne que la volonté politique doit s’accompagner d’une vigilance constante et de sanctions dissuasives. Le gouvernement va veiller à ce que ces mesures se traduisent, dans les faits, par une baisse tangible sur les étals.

