
Wassila. B
Le décès d’Ali Haroun, à l’âge de 99 ans, marque la fin d’une génération de militants qui ont écrit, souvent dans l’ombre et le sacrifice, les pages les plus décisives de l’histoire algérienne. Dernier survivant du Haut Comité d’État, il fut surtout un acteur de la première heure de la guerre de libération nationale, ayant rejoint le FLN dès le 1er novembre 1954. Son engagement au sein de la Fédération de France, où il assuma des responsabilités politiques et médiatiques, témoigne d’une intelligence stratégique mise au service d’une cause qu’il n’a jamais trahie.
Au-delà de son parcours militant, Ali Haroun incarne une figure rare : celle du juriste et de l’avocat qui a défendu les détenus et les militants algériens devant les tribunaux français, alliant la rigueur du droit à la flamme de la conviction. Élu à la première Assemblée constituante après l’indépendance, puis ministre délégué aux droits de l’homme en 1991, il n’a cessé de croire que la dignité et la justice étaient les fondements d’un État véritablement souverain. Son passage au HCE, dans une période de transition douloureuse, fut celui d’un homme de dialogue et de tempérance, conscient de la fragilité des institutions et de la nécessité de préserver l’unité nationale.
Les hommages, à commencer par celui du président Abdelmadjid Tebboune, saluent unanimement « l’interlocuteur d’une rare élégance intellectuelle » et « l’auteur témoin d’importants événements ». Mais derrière les mots officiels se dessine la silhouette d’un homme qui a traversé près d’un siècle sans jamais renier ses idéaux, et dont la parole constante fut celle de la mémoire. Ali Haroun était de ceux qui rappelaient que l’histoire ne se réduit pas aux dates et aux institutions, mais qu’elle est faite d’hommes et de femmes dont la vie entière est un engagement.
En ces jours de deuil, l’Algérie perd un témoin, mais elle gagne un héritage. L’œuvre d’Ali Haroun ne se mesure pas seulement à ses fonctions, mais à la constance de son combat pour la liberté, la justice et la dignité. Puisse la nation se souvenir de lui comme d’un passeur de mémoire, et puisse son exemple inspirer ceux qui, aujourd’hui encore, croient que le service de la patrie exige autant de courage que de lucidité. À Allah nous appartenons et à Lui nous retournons.

