Figure de la Révolution de Novembre, elle avait affronté les forces coloniales à Saïda et subi la torture dans les prisons françaises.
H. Nassira
La moudjahida Fatima Naâmoui, connue sous le nom de guerre de « Djamila », a été inhumée samedi après-midi au carré des martyrs du cimetière d’Aïn El Beïda, à Oran. Décédée vendredi à l’âge de 83 ans, cette figure de la lutte de libération nationale laisse derrière elle un parcours marqué par le courage, les sacrifices et un engagement constant au service de la mémoire révolutionnaire.
La cérémonie funéraire, organisée au quartier CNL, dans la commune de Bir El Djir, s’est déroulée en présence de membres de la famille révolutionnaire, de représentants de la société civile, de proches et de nombreux citoyens. Sa disparition intervient à quelques jours de la commémoration du 72e anniversaire du déclenchement de la Révolution du 1er Novembre 1954, donnant à cet adieu une résonance particulière.
Une jeunesse marquée par les combats et la répression coloniale
Issue de la première génération des combattants de Novembre, Fatima Naâmoui s’était illustrée par son engagement contre le colonialisme français. Son parcours reste notamment associé à un épisode survenu à Saïda, où elle se trouvait aux côtés de plusieurs moudjahidine lors d’un affrontement avec les forces coloniales. Elle avait également été torturée dans les prisons de Saïda et d’Oran.
Son histoire est liée à une photographie rare publiée par la presse coloniale le 7 décembre 1959, alors qu’elle n’avait pas encore 17 ans. Prise dans un quartier de Saïda, l’image la montre entre deux combattants tombés au champ d’honneur : Cheikh Mohamed, dit « Lachebour », à sa gauche, et Madani Bouziane, à sa droite.
Cet épisode remonte à quatre mois après la visite du général de Gaulle à Saïda. Des moudjahidine, descendus des montagnes pour mener une opération planifiée aux abords de la ville, avaient été repérés par des harkis alors qu’ils se dissimulaient dans une cave. Les échanges de tirs qui suivirent l’appel à la reddition lancé par le chef du commando coûtèrent la vie à plusieurs combattants, dont Ben Tabet Kada, Bouzid Ali, Cheikh Mohamed et Madani Bouziane.
Transmettre aux jeunes générations l’héritage de Novembre
Au-delà de son passé combattant, la défunte s’était attachée, après l’indépendance, à faire vivre la mémoire nationale. Présente aux rencontres et forums historiques organisés à Oran, elle témoignait des épreuves de la guerre de libération et des sacrifices consentis pour arracher l’indépendance. Alitée depuis quatre ans en raison de la maladie, elle demeurait attachée à son ultime message : préserver l’unité nationale et défendre l’identité du pays.
Présent aux obsèques, Ibrahim Ben Ayad, représentant de la Fédération de la société civile chargé de la famille révolutionnaire, a salué son engagement dans la transmission de l’histoire aux nouvelles générations. Il a rappelé que la wilaya d’Oran compte encore près de 300 moudjahidine, dont la majorité est confrontée aux maladies liées à l’âge.
Pour lui, la préservation des témoignages des anciens combattants constitue un impératif national, la mémoire historique étant indissociable de l’identité du pays. Avec la disparition de « Djamila », c’est une voix de plus de la génération de Novembre qui s’éteint, laissant aux jeunes générations la responsabilité de faire vivre l’héritage de celles et ceux qui ont combattu pour la liberté.
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