ESSAIS NUCLÉAIRES FRANÇAIS EN ALGÉRIE – Zaza Boumedane consacre un ouvrage au droit à l’indemnisation des victimes

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H. Nassira 

La chercheuse et enseignante de l’université d’Oran 2, Zaza Boumedane, publie son premier ouvrage en français sur le cadre juridique de l’indemnisation civile des victimes des essais nucléaires français dans le Sahara algérien.

« Le cadre juridique de l’indemnisation civile des victimes des essais nucléaires français en Algérie » est le titre du nouvel ouvrage de Zaza Boumedane, enseignante, chercheuse et avocate algérienne. Publié en octobre 2026 aux éditions El Qods El Arabi, ce livre constitue sa première publication en langue française. Sa parution intervient à la veille de la commémoration du 72e anniversaire du déclenchement de la guerre de Libération nationale, le 1er novembre 1954.

Enseignante à la faculté de droit et des sciences politiques de l’université Oran 2 Mohamed-Ben-Ahmed, l’auteure mène des recherches dans plusieurs domaines juridiques, notamment le droit des affaires et le droit fiscal. À travers cette nouvelle publication, elle élargit son champ d’investigation au droit international, en s’intéressant à une question majeure de la mémoire nationale : les essais nucléaires réalisés par la France coloniale dans le Sahara algérien et leurs conséquences durables sur les populations et l’environnement.

La responsabilité de la France au cœur de l’analyse

Dans cet ouvrage, Zaza Boumedane revient sur une période douloureuse de l’histoire contemporaine de l’Algérie. Elle examine les conséquences des essais nucléaires sur l’environnement saharien et s’attache à analyser les fondements juridiques de la responsabilité de la France dans les dommages occasionnés.

Plusieurs décennies après ces expérimentations, leurs répercussions continuent de susciter des inquiétudes, notamment en raison des risques environnementaux et sanitaires. Les séquelles évoquées, parmi lesquelles les malformations congénitales et les maladies cancéreuses, soulèvent la question de la reconnaissance des préjudices subis et du droit des victimes à une réparation effective.

L’approche défendue par l’auteure repose sur la nécessité de renforcer les mécanismes juridiques et institutionnels permettant de traiter ce dossier mémoriel. Elle relève notamment le nombre limité de recours en indemnisation introduits devant les juridictions françaises, au regard de l’ampleur des préjudices et du nombre de personnes susceptibles d’être concernées.

Dans une déclaration à CapDz, Zaza Boumedane explique que son intérêt pour les essais nucléaires dans le Sahara algérien est né de la volonté de mettre en lumière une réalité douloureuse dont les conséquences demeurent présentes. À travers cette recherche, elle entend contribuer à une réflexion juridique sur les voies susceptibles de permettre aux victimes d’obtenir réparation.

L’auteure évoque également les évolutions législatives intervenues en Algérie, notamment l’adoption, en décembre 2025, d’une nouvelle loi criminalisant la colonisation française. Elle considère ce texte comme une avancée importante dans la prise en charge du dossier mémoriel, alors que des initiatives parlementaires en France continuent, de manière hésitante, de soulever la question de la reconnaissance des essais nucléaires et de l’indemnisation des ayants droit.

Pour la chercheuse, cette évolution législative ouvre de nouvelles perspectives pour la défense des victimes civiles et la reconnaissance de leurs droits.

Dix-sept essais nucléaires dans le Sahara algérien

L’ouvrage revient sur les 17 essais nucléaires réalisés par la France dans le Sahara algérien, dont quatre essais atmosphériques, les autres ayant été effectués en souterrain.

La chercheuse s’appuie également sur les conventions internationales auxquelles l’Algérie a adhéré en matière de contrôle de l’utilisation de l’énergie nucléaire, de prévention des risques de contamination et de protection contre les effets de la radioactivité. Elle rappelle, dans ce contexte, l’existence de plusieurs textes réglementaires et décrets présidentiels consacrés à la protection contre les dangers liés à ces activités.

Une partie de son analyse porte sur les mécanismes d’indemnisation mis en place dans d’autres territoires ayant subi des essais nucléaires, notamment en Polynésie française, où 193 essais ont été réalisés. Cette expérience constitue, à ses yeux, un point de comparaison utile pour examiner les dispositifs de réparation et les possibilités de leur adaptation au cas algérien.

Pour des commissions mixtes au service des victimes

Au-delà de l’analyse juridique, Zaza Boumedane plaide pour la mise en place de commissions mixtes réunissant des cadres et des spécialistes algériens et français afin de faire avancer le dossier des victimes. Elle estime qu’une telle démarche permettrait de renforcer le travail de documentation, d’expertise et de défense des droits des personnes touchées.

L’ouvrage aborde également les conséquences humaines et sanitaires des essais, à travers des cas de malformations congénitales et de pathologies cancéreuses rapportés dans les régions concernées. Il met en avant l’urgence de poursuivre les opérations de décontamination des sites affectés et de mettre à disposition des cartes topographiques précises permettant de mieux identifier les zones exposées.

En autorisant des essais nucléaires dans le Sahara algérien, la politique coloniale française a laissé des séquelles dont les effets sur les populations, les sols et l’environnement continuent d’alimenter les préoccupations. À travers cette publication, Zaza Boumedane entend ainsi replacer la question de la responsabilité et du droit à réparation au centre du débat sur la mémoire des essais nucléaires en Algérie.