
Wassila. B
La signature d’un mémorandum d’entente entre Sonatrach, l’allemand VNG AG et le norvégien ICA-Finance illustre une stratégie environnementale éclairée du groupe algérien. En s’engageant à réduire les émissions de méthane de ses activités gazières tout en renforçant leur suivi, Sonatrach répond à une exigence devenue centrale dans les échanges internationaux de gaz. Cette initiative mérite d’être saluée, car elle concilie ambition climatique et préservation des débouchés commerciaux.
Le partenariat ne part pas de zéro : il prolonge deux coopérations antérieures, conclues avec ICA-Finance en octobre 2024 puis avec VNG en juin 2026, toutes consacrées à la réduction du méthane sur la chaîne gazière. La nouvelle entente prévoit le déploiement de systèmes de mesure, de déclaration et de vérification des émissions, des actions de réduction pendant les opérations, ainsi que le transfert de technologies et le renforcement des compétences. Si des projets pilotes restent à identifier, le cadre est désormais posé pour passer des intentions aux résultats mesurables.
L’enjeu dépasse les installations algériennes. L’Union européenne a adopté en 2024 un règlement sur les émissions de méthane qui s’applique aussi aux importations d’énergie : dès le 1er janvier 2027, les importateurs devront démontrer l’équivalence des dispositifs de mesure, de déclaration et de vérification. Pour l’Algérie, qui a fourni 39,2 milliards de mètres cubes de gaz à l’Europe en 2024 et dont les livraisons vers l’Allemagne augmenteront dès 2027, la maîtrise du méthane n’est plus seulement une responsabilité environnementale : c’est une condition d’accès à un marché majeur.
Enfin, le volet financement carbone du mémorandum ouvre une perspective structurante. Il peut soutenir des projets de réduction dès lors que les résultats sont mesurés et vérifiés selon une méthodologie reconnue, tandis que l’Algérie travaille à structurer son propre marché carbone. En visant le zéro torchage à l’horizon 2030 et en faisant de la réduction du méthane une priorité, Sonatrach envoie un signal fort. Le défi est désormais de transformer cet élan en réalisations tangibles.
Cette dynamique témoigne aussi de la capacité de l’Algérie à se positionner comme un acteur énergétique responsable et tourné vers l’avenir. Loin de subir les nouvelles normes environnementales, le pays choisit de les anticiper et d’en faire un levier de compétitivité. La conclusion de partenariats avec des acteurs européens et internationaux de premier plan, l’ouverture d’un atelier national consacré au financement climatique et aux marchés carbone, ainsi que l’objectif de zéro torchage à l’horizon 2030 illustrent une volonté politique et industrielle claire. Pour l’Algérie, il s’agit non seulement de sécuriser ses exportations gazières, mais aussi de démontrer qu’un producteur du Sud peut être à l’avant-garde de la transition énergétique, en attirant des financements climatiques et en renforçant ses compétences nationales. Cette démarche, si elle est poursuivie avec rigueur et transparence, pourrait servir de modèle à d’autres pays producteurs.

