Meriem B

Bien au-delà d’un exercice de communication institutionnelle, la rencontre périodique du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, avec les représentants de la presse nationale, diffusée samedi soir sur les chaînes de télévision et de radio publiques, s’est imposée comme une véritable lecture stratégique des priorités nationales.

À travers un échange qui a couvert aussi bien les questions diplomatiques que les enjeux économiques, sociaux et institutionnels, le chef de l’État a esquissé les contours d’un projet global visant à consolider la position régionale de l’Algérie, accélérer la transformation de son économie et préserver les fondements de son modèle social. Dans un environnement international marqué par des recompositions géopolitiques et des tensions économiques, cette intervention s’inscrit dans une dynamique visant à préparer le pays aux défis des prochaines années, avec en ligne de mire l’objectif affiché d’ériger l’Algérie en économie émergente à l’horizon 2027.

Sur le registre diplomatique, le président de la République a réaffirmé la volonté constante de l’Algérie de demeurer un pôle de stabilité dans son environnement régional, insistant sur une approche fondée sur la coopération, le respect mutuel et la non-ingérence.

Évoquant les relations avec la Mauritanie, il a souligné le caractère fraternel et solidaire du partenariat entre les deux pays, mettant en avant l’appui apporté par l’Algérie dans plusieurs domaines, notamment la santé et l’éducation, tout en réaffirmant le respect absolu de la souveraineté de ce pays dans la conduite de ses relations extérieures.

La situation dans l’espace sahélien a occupé une place centrale dans les échanges. Le président de la République a exprimé son respect envers le président nigérien Abdelrahmane Tiani, annonçant dans ce contexte l’envoi d’une invitation officielle à effectuer une visite en Algérie. Concernant le Mali, il a rappelé la profondeur historique des relations entre les deux pays, tout en mettant en garde contre certaines interventions étrangères impliquées dans des opérations d’armement et d’exploitation des ressources.

Des partenariats fondés sur l’intérêt mutuel

Les relations avec le Burkina Faso ont été qualifiées de bonnes et appelées à se renforcer, traduisant la volonté de l’Algérie de maintenir un dialogue constant avec les pays de la région.

S’agissant du dossier libyen, le chef de l’État a rappelé les liens historiques et stratégiques unissant les deux pays, soulignant que toute déstabilisation de la Libye constitue une menace directe pour la sécurité régionale. Il a, dans ce cadre, insisté sur l’importance du mécanisme de concertation trilatérale réunissant l’Algérie, la Tunisie et l’Égypte, réaffirmant la nécessité de permettre au peuple libyen de choisir librement ses représentants à travers des élections, conformément aux orientations des Nations unies.

Au-delà de son environnement immédiat, l’Algérie poursuit, selon le président de la République, une politique extérieure reposant sur des partenariats équilibrés. Il a évoqué les relations privilégiées avec plusieurs pays européens, notamment l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne, ainsi qu’avec des puissances internationales telles que les États-Unis, la Russie et la Chine.

Dans le monde arabe, le chef de l’État a insisté sur la solidité des relations historiques avec l’Égypte, rappelant près de sept décennies de coopération et de soutien mutuel. Les relations avec les pays du Golfe, notamment le Koweït, l’Arabie saoudite et le Qatar, ont également été qualifiées d’exemplaires, reposant sur des liens stratégiques et politiques solides.

Évoquant les relations avec la France, le président de la République s’est limité à saluer la visite récente de la présidente de l’Association France-Algérie, Ségolène Royal.

Dans ce contexte diplomatique, il a également évoqué l’existence de tentatives d’ingérence extérieure dans les affaires internes du pays, mettant en garde contre toute atteinte à la souveraineté nationale.

Sur le plan économique, l’entretien présidentiel a mis en évidence les ambitions de transformation structurelle de l’économie nationale. Le chef de l’État s’est montré confiant quant à l’évolution du produit intérieur brut, estimant qu’il pourrait dépasser les 400 milliards de dollars d’ici 2027, porté par la dynamique actuelle de croissance et par la concrétisation de grands projets structurants.

Des infrastructures pour accompagner la diversification

Parmi ces projets, le développement du secteur minier figure au premier rang des priorités stratégiques. Le président de la République a qualifié le projet de Gara Djebilet et de la ligne ferroviaire reliant ce site à Tindouf et Béchar de première étape d’un vaste programme visant à valoriser les ressources minières nationales.

Il a souligné que ce projet, réalisé avec des compétences nationales, devrait contribuer à réduire la dépendance aux importations de minerai de fer destinées aux complexes sidérurgiques du pays, avant d’ouvrir la voie à l’exportation.

Le lancement du projet de la mine de plomb et de zinc d’Oued Amizour, dans la wilaya de Béjaïa, a également été annoncé pour la fin du premier trimestre 2026, après l’achèvement des démarches liées à la régularisation foncière.

Le développement du projet de phosphate intégré, incluant la liaison ferroviaire entre la mine de Blad El Hadba et le port d’Annaba, figure également parmi les priorités. Les premières expéditions de phosphate sont prévues entre la fin de l’année 2026 et le premier semestre 2027.

Dans le domaine des infrastructures, l’extension du réseau ferroviaire vers le sud constitue un autre levier majeur. La ligne Alger-Tamanrasset devrait entrer en exploitation à l’horizon 2028, tandis que l’extension vers Adrar devrait être achevée entre la fin de l’année 2026 et le premier semestre 2027.

Ces projets devraient générer des retombées économiques et sociales importantes, notamment en matière de création d’emplois, le projet de Gara Djebilet devant permettre la création d’environ 18 000 postes.

Le président de la République a également mis en avant les progrès enregistrés dans les exportations hors hydrocarbures, estimées à cinq milliards de dollars. Il a toutefois évoqué les obstacles rencontrés par certains produits algériens sur les marchés internationaux, notamment les restrictions imposées aux exportations de produits sidérurgiques vers l’Europe.

Concernant la politique financière, il a réaffirmé le refus du recours à l’endettement extérieur, précisant que les financements internationaux seraient limités aux projets économiques à forte rentabilité. Dans ce cadre, il a évoqué un financement accordé par la Banque africaine de développement pour l’extension du réseau ferroviaire vers le sud.

Maintien du modèle social

Sur le plan social, le chef de l’État a réaffirmé l’attachement de l’État au maintien de la gratuité de l’enseignement et de la santé. Il a toutefois évoqué la nécessité d’adapter les mécanismes de soutien public afin de garantir une meilleure équité sociale.

La généralisation de la numérisation devrait permettre, selon lui, l’instauration d’une nouvelle politique de soutien social à partir de la fin de l’année en cours et au début de l’année 2027, sous la supervision d’une commission nationale regroupant partis politiques et organisations syndicales.

L’entretien a également permis d’aborder les réformes institutionnelles en cours. Le président de la République a souligné la nécessité d’un ajustement technique de la Constitution afin de corriger certaines difficultés d’application, notamment en ce qui concerne le renouvellement partiel du Conseil de la nation.

Il a également annoncé la poursuite du dialogue avec les formations politiques disposant d’une représentation, en vue de débattre d’un projet de société, parallèlement à l’adoption prochaine de la nouvelle loi relative aux partis politiques.

Au fil de ses déclarations, le président de la République a mis en avant la notion de souveraineté nationale, affirmant que le peuple algérien demeure maître de ses choix politiques et économiques. Il a insisté sur la volonté des autorités de poursuivre la construction d’un État fort reposant sur des institutions durables et sur un projet national orienté vers le développement.

Plus qu’un exercice de communication, cet échange apparaît ainsi comme un jalon dans la lecture des priorités nationales à moyen et long termes. Il esquisse les contours d’une trajectoire qui se veut maîtrisée, portée par l’ambition d’inscrire durablement l’Algérie dans une dynamique de modernisation et de rayonnement régional.

Repères

• PIB national attendu à plus de 400 milliards de dollars à l’horizon 2027

• Exportations hors hydrocarbures estimées à 5 milliards de dollars

• Lancement du projet minier d’Oued Amizour prévu fin premier trimestre 2026

• Mise en exploitation progressive du projet phosphatier entre fin 2026 et mi-2027

• Extension du réseau ferroviaire vers Adrar prévue entre fin 2026 et premier semestre 2027

• Entrée en service de la ligne Alger-Tamanrasset attendue en 2028

• Création estimée de 18 000 emplois dans le cadre du projet de Gara Djebilet

• Nouvelle politique de soutien social basée sur la numérisation prévue à partir de fin 2026