
Wassila. B
Il y a encore quelques années, le paiement électronique en Algérie relevait davantage du vœu pieux que de la réalité quotidienne. Le cash régnait en maître absolu, et l’idée même de régler un achat important ou une facture administrative par carte bancaire ou via internet semblait réservée à une minorité de « privilégiés » ou de technophiles.
Ce temps est révolu. Les chiffres publiés par le Groupement d’intérêt économique de la monétique (GIE Monétique) pour l’exercice 2025 sont tout simplement éloquents : avec une progression de 46 % du montant global des paiements électroniques, qui s’établit désormais à 939 milliards de dinars, l’Algérie vient de franchir un cap historique dans sa mutation numérique. Ce n’est plus une tendance, c’est une révolution silencieuse, mais ô combien profonde, qui est en marche. Ce bond spectaculaire ne doit rien au hasard. Il est le fruit d’une stratégie volontariste portée par les pouvoirs publics, les banques et le GIE Monétique, mais aussi et surtout par un changement de comportement irréversible des Algériennes et des Algériens. L’intégration massive des administrations publiques dans l’écosystème du paiement en ligne a agi comme un accélérateur de particules. Le pic exceptionnel enregistré en décembre 2025, avec 65,27 milliards de dinars de transactions, trouve son explication dans le paiement en ligne de la première tranche du programme AADL 3. Cet épisode est symbolique à plus d’un titre : il démontre que lorsqu’une offre publique de qualité et sécurisée est proposée en ligne, les citoyens l’adoptent massivement. L’administration, en devenant « utilisatrice » du e-paiement, a donné l’impulsion que le secteur privé seul n’aurait pu générer.
Mais le plus encourageant réside sans doute dans la maturité croissante des usages. Le montant moyen par transaction qui passe de 1.180 dinars en 2020 à près de 5.400 dinars en 2025 n’est pas un détail statistique. C’est le signe le plus tangible que la confiance s’est installée. L’Algérien ne se contente plus de payer sa facture de téléphone en ligne ; il est désormais prêt à régler des montants bien plus conséquents, pour des biens et des services diversifiés. La confiance, ce sentiment si fragile dans les relations économiques, est en train de devenir le carburant de cette nouvelle économie numérique. Cette confiance, le développement des terminaux de paiement électronique (TPE) et du paiement mobile l’alimente également au quotidien. Avec près de 79.000 TPE déployés sur le territoire national et une progression de 19 % des paiements de proximité, le sans-contact entre dans les habitudes. L’opération de vente de moutons pour l’Aïd El-Adha payés par TPE, citée dans le rapport, est une illustration parfaite de cette banalisation du geste. Ce qui était exceptionnel devient ordinaire.
Il faut également saluer l’essor du paiement mobile interbancaire « DZ Mob Pay ». Avec près de 95.000 comptes particuliers et 14.000 comptes commerçants dès sa première année d’existence, ce service ouvre la voie à une inclusion financière plus large. Il répond à un besoin fondamental : simplifier les transferts d’argent entre particuliers (P2P), dont le montant a explosé pour atteindre 647,4 milliards de dinars. La rapidité, la simplicité et la fiabilité de ces outils sont en train de ringardiser le traditionnel « papier plié » qui circule de main en main.


