
Ilyes K
Enseignant-chercheur à la Faculté des sciences sociales de l’Université Oran 2 Mohamed Ben Ahmed, Mustapha Tiliouine a pris part à la 57e édition du Salon international du livre du Caire, confirmant ainsi une présence académique soutenue dans les grandes manifestations éditoriales régionales et internationales. Après des participations en Algérie, en Libye et dans plusieurs pays du Golfe, le chercheur algérien a marqué de son empreinte cette grand-messe du livre arabe par la présentation de nouvelles publications inscrites au croisement de la réflexion théorique, de la pédagogie et de la production scientifique en sciences sociales.
Dans cet entretien accordé à Cap dz, il revient sur les enjeux de cette participation et sur les perspectives qu’elle ouvre.
Cap Dz : Comment s’est déroulée votre participation au Salon international du livre du Caire ?
Pr Mustapha Tiliouine : Ma participation à cette édition s’inscrit dans la continuité d’un parcours académique attaché à la valorisation du livre et du savoir. Le salon, organisé sous le slogan « Celui qui cesse de lire une heure accuse des siècles de retard », constitue un rendez-vous intellectuel majeur dans l’espace arabe. J’y ai eu l’honneur de présenter quatre nouveaux ouvrages relevant des champs académique, pédagogique et cognitif.
Il s’agit de : Les grandes théories et modèles de la communication : du concept et du discours à la révolution numérique contemporaine ; Écologie et développement durable : approche sociologique et anthropologique ; Écoles et grandes théories en anthropologie sociale et culturelle : contextes, stratégies et enjeux ; ainsi que Courants et écoles sociologiques contemporains : concepts, enjeux et dimensions. Ces travaux ambitionnent de proposer une lecture analytique des transformations sociales contemporaines, tout en offrant des outils conceptuels aux étudiants et aux chercheurs.
Cap Dz : Que retenez-vous particulièrement de cette édition ?
Pr Mustapha Tiliouine : La 57e édition du Salon international du livre du Caire s’est distinguée par son ampleur exceptionnelle. Elle a réuni 1 457 maisons d’édition représentant 83 pays, avec plus de 6 600 exposants, ce qui en fait l’une des éditions les plus importantes de son histoire en termes de participation internationale et de diversité culturelle.
Au-delà des chiffres, j’ai été particulièrement marqué par la richesse du programme culturel, qui comprenait plus de 400 activités intellectuelles, littéraires et artistiques : conférences, tables rondes, rencontres-débats, soirées poétiques et séances de dédicaces. L’hommage rendu à l’écrivain égyptien Najib Mahfoud, désigné personnalité de cette édition, a également constitué un moment fort, à travers des lectures critiques de son œuvre et des discussions autour de son héritage littéraire.
Cette participation m’a permis de représenter l’Algérie dans un espace d’échange intellectuel de haut niveau, en mettant en avant des travaux qui conjuguent réflexion théorique et ancrage pédagogique.
Cap Dz : Comment analysez-vous aujourd’hui la place du livre papier ?
Pr Mustapha Tiliouine : L’affluence enregistrée durant le salon témoigne d’un attachement toujours vif au livre imprimé. Lecteurs, étudiants, chercheurs et familles se sont déplacés en nombre pour assister aux rencontres et acquérir des ouvrages. Cet engouement confirme que, malgré l’essor du numérique, le livre papier demeure un vecteur essentiel de transmission du savoir et de formation de la conscience critique. Pour moi, cela constitue un signal encourageant, qui incite à poursuivre l’effort de publication et de diffusion de travaux scientifiques de qualité.
Cap Dz : Quel impact culturel cette édition a-t-elle laissé selon vous ?
Pr Mustapha Tiliouine : L’édition 2026 a donné l’image d’un événement culturel global, conjuguant encadrement institutionnel de haut niveau, participation arabe et internationale élargie, et forte mobilisation du public. Organisé au Centre international des expositions d’Égypte, au Caire, le salon a été inauguré par le Premier ministre Mostafa Madbouly, sous le patronage du président Abdel Fattah el-Sisi.
La présence de délégations culturelles officielles, d’institutions et d’éditeurs issus de dizaines de pays a renforcé la dimension internationale de la manifestation. Des initiatives dédiées au dialogue entre la culture russe et le monde islamique ont également été programmées, parallèlement à des espaces consacrés à l’enfance et à la promotion de la lecture auprès des jeunes générations. L’ensemble a contribué à consolider la place du Caire comme carrefour majeur du mouvement culturel dans la région.
Cap Dz : Quels sont vos projets à venir ?
Pr Mustapha Tiliouine : Mes travaux futurs s’orienteront vers l’analyse de la problématique de l’intelligence artificielle et de ses implications sociales. Mon ambition est d’explorer ces mutations à la lumière du concept d’humanité dialogique, afin de penser les transformations technologiques en lien avec les valeurs sociales et culturelles.
Cap Dz : Quel rôle peut jouer le Prix du Président de la République pour le chercheur innovant ?
Pr Mustapha Tiliouine : Ce prix revêt une importance stratégique dans la promotion de la recherche scientifique et de l’innovation. Il constitue un levier d’encouragement pour améliorer la qualité des travaux académiques dans l’ensemble des disciplines et traduit une reconnaissance institutionnelle à l’égard des enseignants-chercheurs. J’estime que cette initiative, récemment instaurée en Algérie, représente un signal fort en faveur du développement de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, et je salue les efforts engagés dans ce sens.



